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Les meilleures ventes en Hongrie – Passage aux aveux

Homosexualité, collaboration avec la police politique ou enfance difficile : les confessions fascinent.

À Budapest, la Librairie des écrivains, longtemps adossée à l’Union des écrivains, est une institution. Sa liste des meilleures ventes reflète essentiellement les lectures de l’intelligentsia budapestoise.

Au sein d’un palmarès éclectique apparaît d’abord une prédilection pour le récit de soi. Les lecteurs se passionnent ainsi pour les Mémoires de Péter Molnár Gál (1936-2011), dont la parution posthume a suscité une grande effervescence médiatique. Le redou­table critique littéraire de la période communiste avoue son passé de mouchard : pendant une bonne décennie, il a fait le compte rendu exhaustif de la vie théâtrale hongroise à la police politique. Il révèle dans son livre que son recrutement a été motivé par son homosexualité.

Moins scandaleuse, l’enfance mouvementée de Géza Bereményi suscite aussi un vif intérêt : l’écrivain, réalisateur et scénariste s’illustre par son attachement au 8e arrondissement de Budapest. Élevé par ses grands-parents autour du marché Teleki, il retrace ses jeunes années à la façon de Dickens et raconte son parcours par le biais de ses rencontres mémorables avec les grandes figures de la vie intellectuelle d’après-guerre. Âgé de 10 ans lors de l’insurrection de 1956, Bereményi a vécu ses rébellions adolescentes dans un pays repris en main par le prosoviétique János Kádár.

Manifestement, les célébrités de la capitale fascinent. Outre ­Molnár Gál et Bereményi, il faut citer Ádám Nádasdy, qui compte pas moins de trois livres dans le palmarès. Ancien professeur d’anglais à l’Université de Budapest et traducteur de Shakespeare, ce linguiste a percé comme poète et essayiste avant de briller comme nouvelliste avec son ­recueil « Neptune barbu ». Un livre très attendu, qui s’est accompagné, comme celui du critique-­indic défunt, d’un parfum de scandale. En 2019, l’annonce de son installation à Londres et de son mariage avec son compagnon britannique avait fait la une des journaux hongrois, et ses nouvelles campent des personnages gays qui s’efforcent de vivre leurs amours. Et, bien sûr, il y a l’éternelle question de la langue, pilier de l’identité magyare. Est-elle vraiment finno-ougrienne ? Fait significatif, sur les huit auteurs de la liste, six sont d’expression hongroise, mais deux d’entre eux, Zsolt Láng et Zsuzsa Selyem, vivent et travaillent en Roumanie, qui, comme tous les pays voisins de la Hongrie, abrite une importante minorité magyarophone. Vue de Budapest, la littérature magyare est certainement une littérature transfrontalière, cimentée par la langue intime de ses écrivains. 

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