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Les meilleures ventes aux Pays-Bas – Entre mémoire et espoir

Les Néerlandais voyagent par livres interposés et tentent de se rassurer sur la nature humaine.

Malgré la pandémie, les librairies néerlandaises sont restées ouvertes ce printemps. Et le palmarès établi par le réseau indépendant ­Libris réserve une surprise. Dans un pays qui mise depuis une vingtaine d’années sur l’enseignement supérieur en anglais et où adolescents et jeunes adultes affirment par sondage leur préférence pour la lecture dans cette langue, les ouvrages néerlandophones (ou traduits en néerlandais) l’emportent sans conteste.

Est-ce l’effet d’un contexte excep­tionnel ? La non-fiction a pris le pas sur la fiction. Les habituels best-sellers internationaux, comme les polars de l’Irlandaise Lucinda Riley, n’occupent pas la première place : c’est l’« Atlas Bos de la Seconde Guerre mondiale » qui figure en tête. Cet ouvrage collectif a été publié mi-mars en prévision du 75e anniversaire de la libération des Pays-Bas (le 5 mai 1945, quelques jours avant la capitulation allemande) car, dans un pays qui n’a connu aucun conflit armé sur son territoire entre 1815 et 1940, la Seconde Guerre mondiale reste un marqueur d’identité nationale. Cet atlas historique aborde aussi, bien sûr, la Shoah, ancrée dans la conscience collective. Il couvre en outre les épisodes de l’après-guerre qui ont façonné la mémoire néerlandaise – de la décolonisation de l’Indonésie, à la fin des années 1940, au massacre de Srebrenica, en 1995.

Autre composante de l’imaginaire national, le goût du voyage demeure puissant, même (ou surtout) quand les frontières se ferment. Les lecteurs plébiscitent « Le Japon en cent petits morceaux », de l’artiste de cabaret et chroniqueuse Paulien ­Cornelisse, amoureuse de l’archipel depuis un séjour Erasmus à Hiroshima. Également dépaysant, mais côté roman cette fois, « Max, Misha & l’offensive du Têt », de l’écrivain norvégien Johan Harstad, évoque les affres de l’exil à travers l’épopée d’un metteur en scène norvégien en tournée aux États-Unis pendant la guerre du Vietnam. Couronné meilleur roman traduit de l’année en 2018, le livre témoigne de la persistance d’une littérature exigeante.

Les choix de lecture signalent également la puissance de l’audiovisuel, dont le livre devient en quelque sorte le prolongement. Paulien ­Cornelisse est aussi réa­lisatrice pour la télévision, et Splinter Chabot anime une émission-débat politique. Quant au jeune historien Rutger Bregman, il a adopté la posture, rare aux Pays-Bas, de l’intellectuel médiatique prêt à s’exprimer sur tout. Éreinté par la critique, peu en phase avec l’esprit austère du calvinisme, son essai optimiste sur la nature humaine (« La plupart des gens sont bons ») séduit des lecteurs en quête d’espoir.

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