Mémoire de nos mères
par Pauline Toulet
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Mémoire de nos mères

Écrit par Pauline Toulet publié le 31 mars 2019

Une grossesse, lorsque l’on est historienne, se révèle une expérience extrêmement féconde, y compris du point de vue professionnel. C’est en tout cas ce que démontre la britannique Sarah Knott, professeure d’histoire à l’université de l’Indiana à Bloomington. Sa grossesse l’a poussée à s’interroger sur l’évolution de la maternité au fil des siècles, donnant naissance à Mother, un essai dans lequel elle exhume les archives personnelles et les lettres provenant de mères ayant vécu du XVIIe siècle à nos jours, en Amérique du Nord et en Grande-Bretagne.

Le temps de l’interruption

Écrit à la première personne, l’ouvrage de Knott entremêle le récit de ces femmes à celui de l’expérience intime de l’auteure. « Ce procédé est fécond parce qu’il permet au lecteur d’expérimenter l’un des thèmes majeurs du livre : l’interruption. En cherchant dans des lettres des descriptions de la maternité, Knott est tombée sur des lettres courtes, interrompues et inachevées, qui donnent un aperçu de ce qu’est la maternité et de la façon dont le temps est découpé en segments sur lesquels nous n’avons aucun contrôle », commente Lara Feigel dans The Guardian.

L’historienne constate que la maternité n’a pas revêtu la même signification au fil des générations. « À un moment qui se situe entre le passé fécond et le présent parcimonieux, la maternité en tant que dilemme, en tant que question, a remplacé la maternité en tant que destinée », écrit-elle. Knott souligne que ce que nous tenons pour des caractéristiques naturelles du lien maternel sont en fait des constructions sociales. À l’instar de l’allaitement, qui n’est pas la pratique ancestrale que l’on pourrait imaginer. Dès le Moyen-Âge et jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, il était de bon ton que les femmes aisées n’allaitent pas elles-mêmes leurs enfants mais les confient à des nourrices.

Les prérogatives des mères

Knott relève également que les mères n’ont pas les mêmes prérogatives selon les sociétés. Chez les Hopis d’Amérique du Nord, il est entendu que la belle-mère de l’accouchée assume ses tâches ménagères pendant vingt jours. Les mères britanniques, elles, bénéficient d’une moindre assistance. Si, dans les années 1960, elles restaient jusqu’à deux semaines à la maternité après leur accouchement pour y apprendre les gestes maternels, elles et leurs nouveaux nés y séjournent rarement plus d’une journée.

À lire aussi dans Books : « Coupables, forcément coupables »,juillet-août 2011

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