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Migration naturelle

En nommant et en classifiant la faune et la flore, Carl Von Linné a jeté les bases de la taxonomie mais aussi de la « préférence nationale ». Les travaux du naturaliste suédois du XVIIIe siècle représentent un tournant dans l’histoire du concept de migration. En associant chaque espèce à un lieu, sa classification rend toute relocalisation synonyme d’invasion, assure la journaliste scientifique Sonia Shah.

Pourquoi les humains migrent-ils ?

Dans The Next Great Migration, elle examine « ces questions qui façonnent notre géopolitique : pourquoi les êtres humains migrent-ils ? Et ces mouvements de population sont-ils bénéfiques pour les communautés et nations établies ? », précise Tim Adams dans l’hebdomadaire britannique The Observer. « Elle n’y apporte pas de réponse toute faite, mais elle explique que notre biologie et notre histoire esquissent un scénario bien différent de celui que véhiculent les responsables politiques. »  

L’espèce humaine se déplace depuis l’« Ève mitochondriale », l’ancêtre matrilinéaire commun à toute l’humanité, précise Shah. L’idée que la migration est une force déstabilisatrice, elle, est récente. Et si la science, avec Linné notamment, a corroboré ce point de vue, elle a aussi emprunté un chemin parallèle. De Buffon (qui n’était pas non plus tout à fait imperméable aux préjugés racistes) à Darwin, de nombreux savants ont donné une vision plus positive et naturelle des déplacements de population.

Migration n’est pas synonyme d’invasion

Shah ouvre ainsi son livre sur une série d’observations de la nature, suivant notamment une espèce de papillons qui sur la côte ouest des États-Unis progresse vers le nord au rythme de 20 kilomètres par décennie à la recherche d’un habitat plus tempéré. « Comme le rappelle l’autrice, seule une infime proportion d’espèces migrantes en délogent d’autres, ce qui n’a rien d’incongru si l’on en croit les théories de la sélection naturelle de Darwin », souligne la Kirkus Review. 

Le professeur d’ornithologie Richard O. Prum regrette cependant dans The New York Times que Shah « fasse des raccourcis, dont certains fragilisent son raisonnement ». Elle mélange ainsi divers types de migrations de la faune et de la flore, déplacements liés au cycle de reproduction annuel, expansion historique, relocalisation sous la pression du changement climatique… 

À lire aussi dans Books : Nous sommes tous façonnés par les migrations, octobre 2019.

LE LIVRE
LE LIVRE

The Next Great Migration: The Beauty and Terror of Life on the Move de Sonia Shah, Bloomsbury Publishing, 2020

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