Assisté
par Jacques Drillon

Assisté

Pourquoi la loi remplace-t-elle la solidarité élémentaire ? Parce qu’elle connaît bien la nature humaine.

Publié dans le magazine Books, juin 2012. Par Jacques Drillon
L’assistance, au sens de secours porté à autrui, est un très vieux mot : 1387. Vieux comme la solidarité. Assister, c’est « s’asseoir à côté ». D’une part, « être présent » (assister à un événement) ; d’autre part, « aider » celui à côté duquel on s’assied et pour lequel on parle (l’avocat). J’ai été témoin de cela, et j’ai aidé celui qui en avait besoin. C’est toute la beauté du passage de l’intransitif au transitif… La grammaire connaît la vie. Mais la vie parfois ignore la grammaire, et l’État doit se substituer à l’individu, qui assiste à, mais n’assiste personne. On a donc créé l’Assistance publique (c’était en 1849, c’est-à-dire un an après la révolution de 1848, après les tentatives de la Révolution française du siècle précédent, couronnées d’un succès inégal). C’était à l’origine un ensemble d’hôpitaux et d’hospices de vieillards, d’institutions pour les sourds, les aveugles, les orphelins, les « fous »… L’assistance s’exerce verticalement et horizontalement : la société aide l’individu dans le besoin, et un groupe d’individus porte assistance à un autre : une commune riche aide la commune pauvre d’à côté, un département un autre département. L’individu étant, répétons-le, peu enclin à se défaire d’un bien au profit d’un autre, à céder ne fût-ce qu’un peu de son temps, ou de sa tranquillité, il a fallu légiférer : « Les époux se doivent mutuellement respect, fidélité, secours, assistance », dit l’article 212 du Code civil. On vous lit cette phrase, quand vous vous mariez, pour vous le rappeler, à toutes fins utiles. On a dû créer aussi la notion…

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