Rassembler
par Jacques Drillon

Rassembler

Que nous dit donc ce « r » que l’homme politique nous invite à ajouter au simple « assembler » ?

Publié dans le magazine Books, avril 2012. Par Jacques Drillon
C’est le mot d’ordre, l’étendard, le gonfalon de François Hollande. Comme l’avaient fait croire en leur temps le RPF, le RPR, et tant d’autres partis qui se posaient dans leur dénomination comme des ciments indestructibles. Pour Hollande, il s’agit de rassembler les membres de son parti, qui s’étaient quelque peu égaillés avant les primaires ; puis de rassembler la gauche, divisée sur de nombreux sujets ; enfin de rassembler les Français qui, eux, se tapent dessus joyeusement. Cela va du plus facile au plus compliqué,  du plus faisable au moins accessible, et s’appelle de la stratégie – ou du réalisme. Le verbe rassembler lui-même, ou du moins son histoire, donne une idée de la difficulté de l’opération : assembler est assis sur un mot latin, simul, qui veut dire « ensemble », mais l’origine de simul est sem, une racine indo-européenne qui veut dire « un », « unique », et que l’on retrouve dans similaire, semblable. Autrement dit, assembler, c’est d’abord mettre ensemble des choses pareilles. Mais voilà, les hommes ne l’entendent pas ainsi. Plus nous sommes semblables, simplement humains, plus nous nous divisons. Au moins pourrions-nous nous estimer complémentaires : nous pourrions alors nous assembler comme tenon et mortaise, qui ne sont pas identiques, mais ne se pensent pas séparément. Non, cela n’est pas possible non plus, nous n’en voulons pas. Les hommes à gauche, les femmes à droite ; ici les Blancs, les Noirs là ; les riches et les pauvres, ceux du Nord et ceux du Sud, les jeunes et…

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