Rigueur
par Jacques Drillon

Rigueur

En termes économiques, la rigueur, c’est le lacet : on vous garrotte, on serre. Vous cherchez de l’air…

Publié dans le magazine Books, mars 2012. Par Jacques Drillon
Avec la crise est venue la rigueur­. Où l’on a vu comment affubler un si beau vocable des oripeaux d’une vie triste comme un chiffon. Les mots sont d’un vulnérable ! Ils ne peuvent protester contre aucune caricature, aucun détournement. Ils se laissent rouler dans la farine, dorer la pilule, et même enduire de goudron et de plumes. La rigueur était belle comme une statue grecque, et la voilà qui ahane sur le chemin de la pauvreté, avec son cortège de lésine, de laideur et d’étouffement. On se souvient que Paul Valéry avait fantasmé sur la devise de Léonard de Vinci, ostinato rigore, comme un adolescent sur une photo cochonne. Et puis à son tour Robert Bresson, dans ses Notes sur le cinématographe, petit bréviaire à l’usage des jeunes jansénistes. La rigueur, c’est déjà dur, mais obstinée de surcroît ! La rigueur, du temps qu’elle n’était que la rigueur, avait déjà quelque chose d’ambiguë : on ne savait jamais dans quel sens elle s’exerçait. À l’égard des autres ou de soi-même ? Non qu’elle fût aveugle, comme l’amour ou la justice ; seulement, elle était instable dans sa direction, comme une boussole déboussolée. Tout le monde n’est pas Beethoven ou Flaubert, récrivant, raturant à l’infini, pour complaire à quelque dieu personnel, et satisfaire aux exigences de la Beauté. Nous avons vite fait, avachis que nous sommes, de la retourner vers notre prochain. Cela s’appelle la sévérité, la dureté, le puritanisme, avec leurs vices enfouis ou seulement cachés aux yeux des curieux. Voir les Mémoires de…

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