Néron réhabilité

« C’est peut-être l’empereur le plus indigne qui soit jamais monté sur le trône romain, ce qui n’est pas peu dire. » Ce jugement du grand historien de la Rome antique Theodor Mommsen reflète parfaitement l’opinion communément admise sur Néron, dernier représentant de la dynastie julio-claudienne, devenu pour la postérité l’incarnation du tyran à la fois sadique et grotesque. Ce « monstre » ne s’est pourtant pas rendu coupable, comme Jules César, de ce que d’aucuns qualifient de génocide contre les Gaulois ; il n’a jamais non plus lancé de proscriptions à grande échelle comme Auguste. Mais voilà, relève le Frankfurter Allgemeine Zeitung, « ses victimes étaient des personnages de premier plan » – sa mère Agrippine, son ancien précepteur, le philosophe Sénèque, et, pour finir, un groupe d’individus, certes insignifiants à l’époque, mais qui allaient plus tard prendre une importance considérable dans l’histoire et sa réécriture : les chrétiens. Le spécialiste de l’Antiquité Holger Sonnabend consacre à l’empereur vilipendé un livre qui vaut presque réhabilitation. Néron n’a certainement pas fait incendier Rome, comme le prétend la vulgate. Et sa poésie, déjà jugée ridicule par ses contemporains (en 67, l’empereur participe aux jeux Olympiques et y chante ses poèmes), relevait sans doute d’une propagande (plus ou moins) habile vis-à-vis de l’Orient grec. Surtout, il fut un souverain relativement pacifique (il n’y eut aucune grande guerre sous son règne), ce qui le perdit : l’aristocratie guerrière et les militaires dont il heurtait les idéaux ou contrecarrait les ambitions furent les premiers à se rebeller et à provoquer sa chute.
LE LIVRE
LE LIVRE

Néron : mise en scène du pouvoir de Holger Sonnabend, Philipp von Zabern Verlag, 2016

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