Ô Jérusalem !

Contrairement à ce qu’on pourrait s’imaginer, Jérusalem ne fut que rarement capitale. Et quand elle eut ce rang, ce fut toujours au sein d’Etats minuscules. Elle a fait partie de la quasi-totalité des grands empires qui se sont disputé le pourtour méditerranéen depuis trois millénaires, mais jamais elle n’y fut autre chose qu’une ville de province endormie. Sa valeur militaire est à peu près nulle : très difficile à défendre, elle a souvent préféré se rendre à ses multiples assaillants. Aucune route commerciale d’importance ne la traverse. Comment a-t-elle pu devenir le lieu le plus disputé de l’histoire ?…

Contrairement à ce qu'on pourrait s'imaginer, Jérusalem ne fut que rarement capitale. Et quand elle eut ce rang, ce fut toujours au sein d'Etats minuscules. Elle a fait partie de la quasi-totalité des grands empires qui se sont disputé le pourtour méditerranéen depuis trois millénaires, mais jamais elle n'y fut autre chose qu'une ville de province endormie. Sa valeur militaire est à peu près nulle : très difficile à défendre, elle a souvent préféré se rendre à ses multiples assaillants. Aucune route commerciale d'importance ne la traverse. Comment a-t-elle pu devenir le lieu le plus disputé de l'histoire ? « C’est la seule ville a exister deux fois : sur terre et dans les cieux », remarque Barnaby Rogerson dans The Independent, en paraphrasant Simon Sebag Montefiore, dont l’ouvrage Jérusalem sort ce mois-ci en France. « Montefiore tente d’y expliquer pourquoi la ville la plus spirituelle du monde, sacrée pour le judaïsme, le christianisme et l’islam, a une telle histoire de violence, d’inhumanité et de dissensions », rapporte Munro Price dans le Telegraph. Il retrace le destin de Jérusalem depuis l’époque où elle n’était qu’un petit bourg cananéen jusqu’à 1967, date à laquelle Israël la récupère dans sa totalité.

Multiples destructions

Bestseller outre-Manche, l’ouvrage s’est attiré les louanges unanimes de la presse britannique. On y comprend que « ses multiples destructions ont eu autant d’importance dans son histoire que ses moments de gloire », juge Diarmaid MacCulloch dans la London Review of Books. Un monument incarne à lui seul une bonne part de ces vicissitudes : le temple. Édifié par Salomon, il fut saccagé une première fois par Nabuchodonosor. Reconstruit, il atteignit sous Hérode le Grand, au Ier siècle avant notre ère, un degré de splendeur inégalée mais de courte durée : en 70, Jérusalem révoltée est prise par Titus, qui ordonne sa destruction. Soixante ans plus tard, une énième insurrection juive scelle l’anéantissement de la ville et de son temple : l’empereur Hadrien le remplace par un temple païen consacré à Jupiter Capitolin et rebaptise le site Ælia Capitolina. Simon Sebag Montefiore est lui-même lié par son histoire familiale à Jérusalem. Son arrière-grand-oncle, le financier Moïse Montefiore eut, au XIXe siècle, « l’insigne honneur d’être le premier Juif depuis la destruction du temple à avoir le droit de visiter le Mont du Temple, même si, pour sauver les apparences, les autorités ottomanes le placèrent dans une chaise à porteurs, ce qui permit de ne pas enfreindre l’interdiction pour les Juifs d’en fouler le sol ».
LE LIVRE
LE LIVRE

Jérusalem. Biographie de Simon Sebag Montefiore, Calmann-Lévy, 2011

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