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La maternité contestée de Frankenstein

Mary Shelley est-elle bien l’auteure du célèbre roman Frankenstein ? Mais quel fut donc le rôle de son poète de mari ?

En juillet 1816, un groupe d’aristocrates anglais en route pour l’Italie se trouve bloqué par les intempéries au bord du lac Léman. Parmi eux, deux poètes de renom : lord Byron et Percy Shelley. Pour passer le temps, nos touristes se racontent des histoires fantastiques. Lesquelles font forte impression sur la jeune épouse de Shelley, Mary, qui rédige en une nuit l’histoire d’un savant concevant une créature monstrueuse qui finit par lui échapper. Frankenstein est né.

Une nouvelle édition du célèbre roman vient de paraître chez Random House, aux États-Unis. Surprise, l’œuvre est à présent signée « Mary Shelley (avec Percy Shelley) » : une formule fréquente pour les livres de témoignage ou de réflexion, mais inédite pour une œuvre de fiction. Et qui semble de prime abord singulièrement déplacée.

Des travaux érudits sur le manuscrit de Frankenstein ont montré que Percy Shelley n’avait modifié que 4 000 à 5 000 mots sur un total de 72 000, remplaçant par exemple « atelier » par « laboratoire ». Soit une intervention comparable à celle d’un éditeur, dont l’usage veut que le nom apparaisse, au mieux, dans les remerciements. De plus, les époux Shelley ont publié certaines œuvres sous leurs deux signatures. S’ils n’ont pas souhaité le faire pour Frankenstein, c’est que l’auteure en était, à leurs yeux, la seule Mary. Pressentant l’étonnement que provoquerait le fait de voir de si noires histoires naître dans l’âme pure d’une jeune épouse, Mary avait d’abord publié le livre anonymement en 1818, avant de la signer de son nom dans l’édition de 1823.

Voici deux siècles que des critiques s’étonnent qu’une jeune fille de 18 ans ait pu écrire seule un tel chef-d’œuvre. Assisterait-on à une revanche du machisme ? Victoria Rosner, dans le Huffington Post, ne le pense pas. Bien au contraire, cette universitaire spécialiste des gender studies littéraires voit dans la décision de Random House une invite « aux critiques littéraires à se plonger dans les manuscrits des grands hommes de lettres pour y rechercher les annotations de l’écriture de leurs épouses ». Et de citer des exemples d’auteurs ayant profité des relectures de leurs compagnes, sans jamais les en créditer, voire ayant tout bonnement publié leurs œuvres sous leurs noms. Des coupables ? John Stuart Mill, William Yeats, Scott Fitzerald… Victoria Rosner a déjà songé à leur châtiment : se voir bientôt rejoints par leurs épouses sur la couverture de leurs livres.

LE LIVRE
LE LIVRE

Frankenstein de La maternité contestée de Frankenstein, Random House

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