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Paroles de femmes

Entre 2005 et 2009, une centaine de femmes et de fillettes de la colonie mennonite de Manitoba, en Bolivie, ont été violées durant leur sommeil. Leurs agresseurs, huit hommes de cette communauté isolée, utilisaient un anesthésiant vétérinaire pour les endormir. Ce fait divers est le point de départ de Women Talking, le dernier roman de la romancière canadienne Miriam Toews. Dans la colonie fictive qu’elle bâtit, les violeurs ont été livrés à la police. Mais Peters, le pasteur, rappelle à tous que le pardon est une obligation religieuse. Les femmes doivent pardonner à leurs agresseurs qui retrouveront leur place dans la communauté. Pendant que tous les hommes valides se rendent en ville pour payer la caution de leurs frères, les femmes ont deux jours pour décider de leur futur : rester et pardonner ou partir et affronter un monde inconnu.

Toews a elle-même été élevée dans une communauté mennonite du Canada, qu’elle a quitté à l’âge de 18 ans. Avec Women Talking, précise Sarah Crown dans The Times Literary Supplement, la romancière fait d’« un sujet qui donne matière au plus dramatique et féroce des romans », « quelque chose de plus profond et de plus large : un roman sur les mots et la langue, sur la force de parler et le droit d’être écouté ». Dans Women Talking, huit femmes se retrouvent ainsi secrètement dans un grenier à foin où elles passent deux jours entiers à discuter de leur avenir. « Dans un endroit où, comme le dit l’une d’elles, “les femmes passent leurs journées muettes, soumises et obéissantes”, le simple fait de se réunir sans permission est un acte de subversion. S’engager pendant deux jours dans un dialogue socratique sur le pardon, l’innocence et l’amour est complètement transgressif », précise Katrina Onstad dans The Guardian.

Les femmes, qui ne savent pas écrire, ont choisi de faire transcrire leur conversation à August, le maître d’école, qui, pour de multiples raisons, n’est pas considéré comme un homme. C’est lui le narrateur. « Décider de faire d’un homme le narrateur d’un roman intitulé Women Talking peut sembler provocateur, mais il apporte de la complexité et de l’émotion au livre », ajoute Caitlin Ingham dans The White Review.

 

À lire aussi dans Books : La fin d’un « royaume des femmes », mai/juin 2018.

LE LIVRE
LE LIVRE

Women Talking de Miriam Toews, Penguin Random House, 2018

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