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Mon père, cette énigme

Une trentenaire tente de reconstituer la vie de son père, médecin et militant d’extrême gauche dans les années 1970.


Marta Barone souligne le fossé entre des parents idéalistes et militants et la génération désenchantée dont elle fait partie.

Traductrice et auteure jeunesse, Marta Barone, publie cette année son premier livre pour adultes, Città sommersa. Dans ce récit à la fois biographique et autobiographique, la jeune femme enquête sur la vie de son père, ­Leonardo Barone, médecin militant, condamné en 1982 pour « participation à une bande armée » après avoir soigné un membre du groupe terroriste d’extrême gauche Prima Linea blessé dans un attentat.
Acquitté en cassation en 1988, « L. B. » est resté pour sa fille une figure lointaine. Élevée par sa mère, l’auteure trentenaire a peu connu ce père mort en 2011, alors qu’elle avait 24 ans. Du parcours paternel elle n’a saisi que des bribes, jusqu’à ce qu’elle tombe sur le mémoire en défense rédigé par son avocate. Marta Barone devine alors dans le jeune idéaliste une figure charismatique de l’Italie des ­années de plomb, et entreprend de rassembler les pièces du puzzle en se plongeant dans les archives familiales et historiques.

Brillant étudiant en médecine à Rome à la fin des années 1960, Leonardo Barone adhère au petit parti marxiste-léniniste Servire il Popolo (« servir le peuple »), puis « s’établit » à Turin, un des foyers de la radicalité ouvrière. Les rencontres de l’auteure avec les témoins de l’époque révèlent un jeune homme enthousiaste, sentimental et altruiste qui met ses études de côté pour ­s’engager ­auprès des chômeurs, des sans-abri et des immigrés au prix d’une vie quasi monacale et d’une ­allégeance absolue au parti.

Face à l’énigme paternelle, ­Marta Barone s’interroge aussi sur le rôle et la responsabilité de L. B. dans certains épisodes. Elle s’efforce de restituer, écrit Nadia Terranova dans ­Tuttolibri, le supplément littéraire du quotidien La Stampa, « la substance de son âme, de sa personna­lité, de ses désirs et ses peurs ». Parce qu’il mêle souvenirs personnels et mémoire collective, Città ­sommersa, en lice pour le prestigieux prix Strega, apparaît comme « un livre parfait pour comprendre le brouillard de ces années extraordinaires » et aussi « ce qui s’est passé quand la brume s’est levée », estime ­Simonetta Sciandivasci dans le quotidien Il Foglio.

En racontant à travers les yeux de son père une époque d’illusions et de tragédies mêlées, Marta Barone souligne le fossé générationnel entre « des parents idéalistes, activistes, unis pour tenter de changer le destin de leur pays », et « la génération désenchantée dont l’auteure se fait la porte-parole, marquée par la solitude et l’incapacité à élaborer des projets », estime ­Stefania Massari dans le quotidien Il Fatto Quotidiano. Ceci expliquerait-il cela ? Le quotidien de gauche Il Manifesto reproche à l’auteure un « sentimentalisme parfois simplet », dépourvu de « sens de l’histoire » et par conséquent « inapte à comprendre le passé ».

LE LIVRE
LE LIVRE

Città sommersa (« Ville engloutie ») de Marta Barone, Bompiani, 2020

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