Peste et colonisation
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Peste et colonisation

Écrit par La rédaction de Books publié le 1 février 2019

Dans Fahavalo, Madagascar 1947, la documentariste malgache Marie-Clémence Andriamonta-Paes interroge les derniers témoins d’un épisode tragique de l’histoire de son pays : la répression sanglante du soulèvement contre le régime colonial français en 1947. Madagascar accèdera à l’indépendance treize ans plus tard.

Dès le début des années 1930, le mouvement national malgache trouve un écho auprès de la population, notamment en politisant la peste, comme le souligne l’historien canadien Eric T. Jennings dans Perspectives on French Colonial Madagascar, en s’appuyant sur les travaux de l’historienne malgache Faranirina Esoavelomandroso.

La peste est arrivée à Madagascar en février 1921. Elle a sévi dès lors de manière endémique avec des crises périodiques. Les Malgaches, pour qui ce fléau est nouveau, associent la maladie à la domination étrangère. Les autorités françaises gèrent l’épidémie en colonisateurs : oppression, inégalités, ignorance des traditions locales. Elles entreprennent plusieurs campagnes de vaccination inefficaces, si bien que lorsqu’un vaccin sûr est mis au point en 1932, les Malgaches rechignent à se rendre dans les centres de traitement.

Dès 1922, des leaders politiques nationalistes dénoncent le caractère arbitraire de la lutte antipesteuse. Après l’arrivée du nouveau vaccin, ils réclament que l’immunisation soit imposée à tous les habitants sans exception, en commençant par les étrangers, puis les habitants de Tananarive (aujourd’hui Antananarivo) et, enfin, les ruraux afin de rassurer ces derniers. Ils lancent une vaste campagne de presse pour rappeler que la vaccination est officiellement facultative. Il s’agit, selon eux, non de mettre les Malgaches en danger mais de défendre leurs libertés individuelles (les agents coloniaux recourant régulièrement à la menace pour imposer l’immunisation).

La question de la peste vient alors appuyer une critique politique. Le refus de vaccination s’ajoute à une panoplie d’actions de résistance menées à la même période : non-paiement des impôts, grève. En 1937, les autorités coloniales reprennent la main et, une fois le climat apaisé, rendent la vaccination obligatoire dans les zones contaminées.

À lire aussi dans Books : Quand la peur du vaccin tue, avril 2011.

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