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Quand la peur du vaccin tue

Des maladies oubliées resurgissent dans les pays développés. Coupables ? Les parents et leur nouvelle hantise des vaccins.

Un soir de 2008, lors d’un dîner dans la bonne société new-yorkaise, le journaliste Seth Mnookin écouta un jeune papa lui expliquer qu’il avait décidé de ne pas soumettre son bambin au vaccin ROR (rougeole, oreillons, rubéole). « Quelle logique, se demanda Mnookin, pousse un homme par ailleurs raisonnable, mais sans aucune compétence médicale, à considérer la vaccination comme un danger ? » Cette question est le point de départ de son livre – « une enquête brillante et méticuleuse », salue l’historien James E. McWilliams dans The American Statesman –, véritable tir de barrage contre les tenants de l’hypothèse d’un lien entre autisme et vaccination. Même si aucune étude n’a jamais démontré ce lien, le quart des parents américains pense que les vaccins peuvent provoquer des troubles du développement chez des enfants en bonne santé (1). Mnookin le rappelle, le risque zéro n’existe pas et la vaccination a toujours été l’objet de craintes, mais la nouveauté réside dans l’ampleur de la défiance qui s’exprime à présent, cette « panique virale » qui donne son titre au livre et dont le journaliste dénonce à la fois les effets et les causes.

Côté effets, « l’injonction publique à mener des recherches injustifiées sur des vaccins déjà bien étudiés mobilise des fonds qui pourraient être alloués à des pistes prometteuses, par exemple dans le domaine de la génétique », constate Melvin Konner dans Nature. Autre conséquence inquiétante, on observe par endroits un réveil de maladies potentiellement mortelles, comme la rougeole ou la coqueluche. « Le taux d’immunisation par le vaccin ROR au Royaume-Uni a baissé jusqu’à 80 % en 2003, avant de remonter à 86 % en 2010. » Or on considère, explique Konner, que l’immunité de groupe (le niveau auquel même les individus non vaccinés sont protégés contre une maladie) est atteinte lorsque 95 % d’une population est vaccinée. En clair : ne pas faire immuniser son enfant lui fait courir un risque, mais en fait également courir aux autres, notamment à ceux trop jeunes pour la vaccination. Pour marquer les esprits, Mnookin raconte la mort d’un nouveau-né qui avait contracté la coqueluche auprès d’un enfant non vacciné en Louisiane. L’État de Californie a connu en 2010 « sa pire épidémie de coqueluche depuis cinquante ans », relève Konner. On estime qu’elle a tué dix bébés.

Les autorités sanitaires et médicales ont certainement leur part de responsabilité dans le scepticisme ambiant (2). Mais Mnookin s’intéresse surtout aux vecteurs sociaux et cognitifs des croyances autour de la vaccination. Tout commence selon lui en 1982, avec la diffusion à la télévision américaine d’un documentaire sur les effets supposés du vaccin DTP (diphtérie, tétanos, poliomyélite). La tendance « anti-vaccin » ne cessera dès lors de se développer ; à partir de la fin des années 1990, Internet ne fera que l’amplifier. « Une cohorte d’“épidémiologistes amateurs” inonda le Web de blogs à la valeur scientifique douteuse », rapporte McWilliams. Ne manquait qu’une caution scientifique crédible, que les opposants à la vaccination trouvèrent en 1998 en la personne du gastro-entérologue Andrew Wakefield, auteur d’une étude publiée dans The Lancet qui établissait un lien entre l’autisme et le vaccin ROR, étude par la suite complètement disqualifiée [lire « Les impostures de la recherche médicale », Books, no 20, mars 2011, p. 80-85]. Wakefield est aujourd’hui interdit d’exercice en Grande-Bretagne, mais conserve un statut de « gourou » auprès de certains parents d’enfants autistes. « Mnookin ne jette pas la pierre à ces familles qui cherchent des réponses sur Internet, dans des conférences ou entre eux, mais il enrage contre ceux qui, comme Wakefield, tentent de profiter de leur détresse », précise le Dr Anna B. Reisman sur Slate.com. Tout comme il s’offusque de voir les talk-shows les plus populaires des États-Unis dérouler le tapis rouge devant les célébrités en croisade contre la vaccination (au premier rang desquelles l’ex-playmate Jenny McCarthy, mère d’un garçon autiste), qui rendent inaudibles les discours contradictoires comme le sien.

Notes

1| D’après des chiffres publiés dans la revue Pediatrics en 2010, rapportés par le site Slate.com.
2| Lire à ce sujet « Le scandale de l’industrie pharmaceutique », Books, n° 4, avril 2009.

LE LIVRE
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Panique virale. Médecine, science et peur, une histoire vraie de Quand la peur du vaccin tue, Simon & Schuster

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