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Peut-on simuler la folie ?

Comment distinguer un fou d’une personne saine ? C’est la question que le professeur de psychologie David Rosenhan pose en préambule d’une étude publiée en 1973. Pour la mener, il a convaincu huit personnes en parfaite santé de se faire interner. Ils devaient feindre d’entendre des voix. Une fois admis dans une institution psychiatrique, ils agissaient normalement. Mais il leur fallut à tous plusieurs jours, et même pour l’un d’entre eux jusqu’à 52 jours, pour être relâchées. Et tous, sauf un, furent qualifiées de « schizophrènes ».

Cobayes simulateurs

Jetant le doute sur les diagnostics psychiatriques et les compétences des psychiatres, l’étude de Rosenhan vint à l’époque appuyer un mouvement favorable à la désinstitutionalisation des malades mentaux aux États-Unis. Celui-ci est toujours puissant et a fait des dégâts auprès de bien des patients qui au lieu d’être à l’hôpital se retrouvent en prison, note la journaliste Susannah Cahalan dans The Great Pretender. Pourtant l’étude de Rosenhan est fausse.

Le professeur de psychologie est mort en 2012, mais Cahalan a eu accès à ses notes et au manuscrit d’un livre jamais publié sur son étude. Elle a interviewé ses anciens associés, ses assistants et a traqué les participants de son expérience. Et elle a découvert de nombreuses incohérences.  Rosenhan a embellit les résultats, inventé des chiffres, écarté le témoignage d’un patient test qui ne correspondait pas à sa thèse.

Diagnostiquer la folie

Cahalan n’a d’ailleurs réussi à retrouver que deux de ces « cobayes » et en vient même à penser que les autres n’ont peut-être jamais existé. Pour autant, la journaliste est « prudente » dans ses conclusions, note l’historien des sciences Hans Pols dans Science. « L’étude de Rosenhan, aussi exagérée et malhonnête soit elle, a touché quelque chose du doigt », écrit-elle à la fin de son livre.

La journaliste a « un intérêt tout personnel » pour le sujet, précise la critique Maureen Corrigan sur le site de la radio NPR. « Comme elle le rapporte dans son remarquable témoignage publié en 2012, Brain on Fire, elle est tombée gravement malade à peine entrée dans l’âge adulte et a été hospitalisée après un diagnostic de trouble schizo-affectif. Finalement un médecin a réalisé qu’elle souffrait d’une encéphalite rare, une affection qui simule les symptômes de la maladie mentale. » Cahalan ne cesse dans son nouveau livre de se demander combien de malades aujourd’hui n’ont pas eu la chance d’avoir été bien diagnostiqués.

À lire aussi dans Books : Y a-t-il un progrès en psychiatrie ?, septembre 2019.

LE LIVRE
LE LIVRE

The Great Pretender: The Undercover Mission That Changed Our Understanding of Madness de Susannah Cahalan, Grand Central Publishing, 2019

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