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Le phénomène Rita Falk

Ses polars, situés dans un petit village de la Bavière profonde, sont des best-sellers à presque tous les coups.


© Astrid Eckhert

Rita Falk (ici en 2015) déconstruit de façon impitoyable un univers que tout le monde connaît.

En dix ans, elle a vendu 6,4 millions de livres. « Plus qu’il n’y a d’habi­tants en Finlande », remarque le journaliste et romancier ­Takis Würger, qui s’interroge dans l’hebdomadaire Der Spiegel sur le phénomène Rita Falk. Dans ses romans, dont plusieurs ont été adaptés à l’écran, elle met en scène un policier bava­rois (comme elle) nommé Franz ­Eberhofer, qui officie dans le village fictif de ­Nie­­derkaltenkirchen.

Depuis 2010, Rita Falk publie près d’un polar par an, qui se retrouve presque immanquablement en tête des ventes. Ce fut le cas de Choucroute maudite, ­Bretzel Blues et Pression fatale (entendre « bière pression », bien sûr), pour ne citer que ceux qui ont été traduits en français aux éditions Mirobole.

Comme on peut en juger par les titres, la nourriture, surtout carnée, y tient une place prépondérante : les personnages dévorent sans vergogne saucisses, choucroutes et pains de viande. Rien ne prédisposait pourtant Rita Falk à devenir l’« Agatha Christie bavaroise », rappelle Würger. À 55 ans, elle n’avait encore jamais rien écrit jusqu’à ce que, se retrouvant au chômage, elle s’installe à la table en bois de sa cuisine pour pianoter sur son ordinateur.

En deux mois, elle boucle un premier roman sur « un jeune homme dont le meilleur ami, après un accident de moto, se retrouve dans le coma ». Le manus­crit est refusé par tous les éditeurs à qui elle l’adresse : « Trop triste. » Qu’à cela ne tienne : l’ancienne employée de bureau se lance dans le livre « le plus déjanté, gonflé et drôle » qu’elle puisse imaginer. Niederkaltenkirchen et Franz ­Eberhofer sont nés.

« Est-ce du roman de gare ? » se demande Würger. Peut-être, mais, pour atteindre des chiffres de ventes aussi stratosphériques et déplacer les foules à chacune de ses lectures publiques (une tradition encore bien vivace en Allemagne), ne faut-il pas tout de même un petit talent ? À en croire les libraires interrogés par Würger, Rita Falk a un indéniable « don d’observation » : « Ses intrigues criminelles ne constituent qu’un point de départ pour déconstruire, de façon impitoyable, un paysage et des personnages que tout le monde connaît. » L’auteure recrée avec brio un monde familier à ses lecteurs : « Le matin, on salue les voisins par-dessus la haie du jardin, on joue au foot dans le club local, on a des rapports sexuels normaux. Le soir, on boit de la bière, on écoute les Beatles, et, de temps en temps, on mange des saucisses. » Dans ses romans, « les gens sont aux prises avec des problèmes ordinaires : des dettes de jeu, un père agaçant, un chef qui ne vous fait pas confiance ». Chacun s’y retrouve. Cela peut sembler dérisoire, mais, pour Würger, cela fait déjà de Falk une « meilleure auteure » que beaucoup d’autres en Allemagne. 

LE LIVRE
LE LIVRE

Guglhupgeschwader: Der zehnte Fall für den Eberhofer. Ein Provinzkrimi (« L’escadron du kouglof : la dixième enquête d’Eberhofer. Un polar provincial ») de Rita Falk, DTV, 2019

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