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Quand la philosophie dérape

« Il faut être un intellectuel pour croire une chose pareille : quelqu’un d’ordinaire ne pourrait jamais atteindre une telle jobardise. » Avec cette formule inspirée de George Orwell, Jean-François Braunstein, philosophe français des sciences et de la médecine, résume son sentiment face aux travaux d’éminents universitaires anglo-saxons.

Peter Singer, Judith Butler, John Money, Anne Fausto-Sterling, Donna Haraway…, émettent « des discours sur l’amour et la tolérance, sur les animaux maltraités ou les mourants à soulager, auxquels chacun a immédiatement envie de souscrire » qui conduisent « à des conclusions absurdes et choquantes » écrit-il dans son dernier ouvrage La philosophie devenue folle.

Une philosophie qui veut gommer les limites

À travers une galerie de portraits au vitriol, il signe un pamphlet contre les errances théoriques qui ont fleuri dans certains domaines.  « Ce que Jean-François Braunstein appelle la philosophie devenue folle », est « une philosophie qui veut gommer les limites, et ce dans les trois domaines que sont le genre (différences de sexe), le droit des animaux (différence humain/animal) et la bioéthique (différence entre vie digne d’être vécue et les autres) », précise le philosophe suisse Mark Hunyadi dans le quotidien Le Temps.

Penser les questions morales

La victime préférée de Braunstein est Peter Singer, professeur de bioéthique à Princeton. « Il est dépecé sans pitié », assure Hunyadi. Depuis la publication de La Libération animale (Grasset, 1993), Singer est connu pour être l’inventeur des termes de « spécisme » et d’« antispécisme ». De la défense des animaux, il a développé sa vision utilitariste du monde jusqu’à englober  la vie humaine, affirmant que la vie d’un chien était plus estimable que celle « d’un être de notre espèce dont les capacités intellectuelles sont gravement diminuées ». Il justifie même l’infanticide de nouveaux nés et l’euthanasie non volontaire. Comment en arrive-t-il là ? Pour Braunstein, Singer et les autres commettent tous la même erreur : « penser que les questions morales sont analogues à des problèmes logiques ou juridiques, dans lesquels une solution et une seule s’impose ». Jusqu’à en oublier l’humain.

À lire aussi dans Books :L’écrivain, le philosophe et les bêtes,mai 2011.

LE LIVRE
LE LIVRE

La philosophie devenue folle. Le genre, l’animal, la mort de Jean-François Braunstein, Grasset, 2018

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