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Le poète errant

À sa mort en 762, Li Bai était déjà considéré comme un grand poète de Chine. On l’appelait zhexian, « l’immortel en exil ». Depuis, il a aussi été vénéré sous le nom de shixian « le poète immortel » et de jiuxian « l’immortel du vin », référence à son goût immodéré de la boisson. Nombre de vins et de spiritueux portent d’ailleurs son nom, tout comme des hôtels, des restaurants et des usines.

Les enfants chinois apprennent ses poèmes à l’école et « il est toujours courant pour les inconditionnels de sa poésie de parcourir des centaines de kilomètres, suivant en partie ses déambulations dans une sorte de pèlerinage », écrit le romancier américain d’origine chinoise Ha Jin dans sa biographie de Li Bai, The Banished Immortal.

Poète extravagant

Il retrace les pérégrinations de ce poète vagabond qui quitta à 23 ans le pays de Shu (aujourd’hui le Sichuan) en quête d’un poste. Au cours de son errance, il écrivit des centaines de poèmes sur ses voyages, sa solitude, ses amis, la lune, et les plaisirs du vin. Ces textes devaient entre autre lui permettre de se faire une réputation auprès des autorités qu’il voulait impressionner. Mais il avait un esprit trop libre pour les postes qu’il visait. « Même les descriptions tout en retenue de Jin ne peuvent cacher la vie extravagante de Li, qui vit le poète faire des allers-retours entre les prêteurs sur gage à qui il confiait ses vêtements en échange de quoi se payer quelques verres de vin et l’Empereur qui lui servait lui-même la soupe », note le journaliste Han Zang dans The New Yorker.

Exils parallèles

Dans The Banished Immortal, Ha Jin met en regard la vie de Li et ses poèmes. Mais en écrivant sur Li Bai, lui-même « retourne à la maison » ajoute Zang, qui met en parallèle la vie du poète et celle du romancier. Ha Jin, arrivé aux États-Unis en 1985 pour faire des études, s’y est installé avec sa famille après le massacre de la place Tian’anmen, en 1989. Il écrit en anglais et a remporté en 1999 le National Book Award pour La longue attente. Li Bai, lui, sera condamné à l’exil après la chute de son dernier maître, le prince Yong. Banni loin de la capitale, il n’écrira presque plus.

 

À lire aussi dans Books : Li Bai, poète moderne, mars 2014.

LE LIVRE
LE LIVRE

The Banished Immortal de Ha Jin, Pantheon, 2019

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