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Li Bai, poète moderne

Ou comment un romancier contemporain révèle l’essence d’une grande figure de la poésie chinoise classique.

En exagérant un peu, on pourrait dire que Li Bai (aussi transcrit Li Bo) est une sorte de Jean de La Fontaine chinois : une icône de la poésie classique dont tous les écoliers ont un jour appris au moins quelques vers. Proposer une approche renouvelée concernant un tel monument ne s’annonçait donc pas chose aisée. Pourtant, c’est bien ce que semble avoir réussi l’écrivain et journaliste taiwanais Zhang Dachun, dans un livre publié à l’automne à Hong Kong et à Taiwan. Avant même sa parution sur le continent, cet ouvrage s’annonçait comme un succès critique, objet de commentaires élogieux sur les blogs et les réseaux sociaux chinois.

L’un des mérites de ce travail est de remonter à la source du moindre fait rapporté au sujet de Li Bai. « Davantage que son œuvre elle-même, poétiquement inférieure à celle de son contemporain Du Fu, estime l’auteur, ce sont les détails de sa vie qui font de ce poète l’une des figures majeures de l’histoire littéraire chinoise. » Confronté à la rareté des témoignages directs, Zhang, un ancien responsable des pages l

ittéraires du China Times, a amassé une documentation considérable pour évoquer au plus juste les années de jeunesse du poète dans le Hubei, sa vie à la cour de l’empereur Xuanzong, et son exil dans le sud de la Chine après la révolte d’An Lushan. Mais il n’entend pas enfermer son sujet dans les contraintes du genre biographique. À Li Bai, personnage haut en couleur dont la légende veut qu’il se soit noyé par une nuit d’ivresse en voulant attraper le reflet de la lune dans une rivière, rien ne semble mieux convenir que le roman. Poussant la licence poétique jusqu’à réécrire certains vers « ratés » du maître (en fait, des fragments probablement inachevés, que la tradition a maladroitement rendus), Zhang prend soin de devancer les critiques : « Si vous craignez d’être dupés à la lecture de mon livre, je préfère vous avertir qu’en effet vous allez être dupés », déclare-t-il à l’hebdomadaire Nanfang Zhoumo. « Ainsi, en faisant jouer l’imagination, j’espère éveiller la curiosité des lecteurs, au-delà des querelles de spécialistes. »

Zhang dit avoir été particulièrement frappé par la modernité de Li Bai. Celui que l’on surnommait « l’immortel en exil » était le plus cosmopolite des écrivains de la dynastie Tang. Certains lui prêtent du sang turc, ce que dément l’auteur de ce livre. En revanche, ses nombreux voyages à l’intérieur et aux frontières de la Chine de l’époque ont certainement favorisé ses contacts avec des locuteurs allophones. Une ouverture qui pourrait expliquer, selon Zhang, l’aisance avec laquelle Li Bai maîtrise des genres poétiques variés et s’affranchit du formalisme de ses contemporains.

Le poète était aussi « le seul de son époque à offrir ses œuvres en cadeau », lit-on encore dans le Nanfang Zhoumo. Une caractéristique qui en fait, aux yeux de Zhang, « un précurseur de ce qu’on appelle aujourd’hui un “we-media” », un individu diffusant lui-même ses productions, sans intermédiaires et sans contraintes. Un « poète 2.0 » en Chine médiévale, en somme.

LE LIVRE
LE LIVRE

Li Bai, de la grande dynastie des Tang, Taiwan

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