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Quand les États-Unis nourrirent la Russie soviétique

Au printemps 1920, la population russe, déjà éprouvée par une révolution et des années de guerre civile, affronte un épisode de sécheresse qui la mène droit à la famine. La situation est telle que, en juillet 1921, l’écrivain Maxime Gorki, avec l’approbation de Lénine, fait paraître un appel à l’aide dans la presse américaine. Le 1er septembre, un premier bateau chargé d’aide alimentaire arrive à Saint-Pétersbourg, rappelle l’historien américain Douglas Smith dans The Russian Job.

L’American Relief Administration (ARA), organisation non gouvernementale fondée par le ministre du Commerce et futur président des États-Unis Herbert Hoover pour nourrir les populations européennes touchées par la première Guerre Mondiale, répond à l’appel à l’aide soviétique.

L’appel à l’aide de la Russie

Cette coopération est une véritable volte-face pour les deux pays. Trois ans plus tôt, les États-Unis avaient envoyé 13 000 soldats soutenir les Russes blancs contre les bolcheviques. Quant à Lénine et Trotski, ils avaient non seulement refusé de rembourser la dette contractée par le régime tsariste auprès des États-Unis notamment, mais avaient d’abord qualifié cet épisode de famine de calomnie propagée par les capitalistes.

« Smith raconte l’opération de l’ARA à travers les yeux de l’équipe américaine dépêchée sur place », note la journaliste Anna Reid dans la Literary Review. Ces deux cents Américains, aidés par quatre-vingt mille Russes, distribuent, au plus fort de l’opération, à l’été 1922, repas et aide médicale à 8,5 millions de personnes, de la mer Caspienne à l’Oural.

Des espions américains?

Une fois le pire de la famine passée, Lénine pousse l’ARA vers la sortie. Hoover n’est pas mécontent de se désengager non plus, ne sachant plus si la meilleure façon de dompter les bolcheviques est de commercer avec eux ou de les isoler. « Smith passe un peu vite sur la question de l’espionnage, auquel l’ARA se livrait intentionnellement ou non », regrette le spécialiste de la Russie Richard Lourie dans la Los Angeles Review of Books. Staline qualifiait les travailleurs de l’ARA d’« espions les plus efficaces de la bourgeoisie mondiale ». La grande majorité de son personnel local a d’ailleurs payé au prix fort sa collaboration avec les Américains. Après la fin de l’opération à l’été 1923, beaucoup furent exilés ou emprisonnés.

À lire aussi dans Books : « Il n’y a pas eu de génocide en Ukraine », octobre 2014.

LE LIVRE
LE LIVRE

The Russian Job: The Forgotten Story of How America Saved the Soviet Union from Ruin de Douglas Smith, Farrar, Straus & Giroux, 2019

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