Quel est ton nom ?
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Quel est ton nom ?

Écrit par La rédaction de Books publié le 2 août 2018

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Le protagoniste principal des Versets de l’oubli, du réalisateur iranien Alireza Khatami, ne se souvient pas des noms, ni du sien, ni de ceux des autres. Certains écrivains semblent avoir fait de même pour les patronymes de leurs personnages. Ainsi dans You Too Can Have a Body Like Mine, la romancière américaine Alexandra Kleeman met en scène A., B. et C. Elle s’affranchit d’une étape difficile dans la genèse d’un roman. La plupart du temps, note l’écrivain Tony Tulathimutte dans The Paris Review, les noms des personnages peuvent êtres classés dans deux catégories : les réalistes (John Carter, Theodore Decker…) ou les absurdes (Pig Bodine, Perkus Tooth). Ils semblent souvent arbitraires et ont pour but d’en dire le moins possible sur la personne laissant le champ libre à l’imagination du lecteur. Ces noms qui souvent « sonnent bien » ont remplacé les patronymes cratyliques, ces signifiants, comme le géant Lennie Small de Steinbeck, aujourd’hui ­considérés comme maladroits et poussifs.

Ils sont pourtant un terrain de jeu de premier ordre pour les écrivains et leurs critiques. L’œuvre de Jane Austen, par exemple, a été décortiquée à plusieurs reprises sous cet angle. Dans Jane Austen’s Names, l’universitaire américaine Margaret Doodie assure que les choix de patronymes opérés par l’auteur ajoutent une complexité poétique à ses romans. C’est dans leur confection que la romancière laisse éclater toute sa verve de satiriste. Elle nomme Morland soit « more land », en anglais « plus de terre », une héroïne dont la famille est gênée par son manque de foncier. Doodie voit aussi plus qu’une coïncidence (ironique) dans l’attribution du nom Dashwood aux héroïnes de Raison et Sentiments, Sir Francis Dashwood étant un célèbre libertin du XVIIIe siècle. Sans compter qu’à travers toute l’œuvre d’Austen, les personnages aux prénoms bibliques sont rarement en bonne posture. Les « Mary » attirent le malheur et les « John » n’ont rien d’admirable.

 

A lire aussi dans Books : La reine du roman Regency, mai 2012.

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