Brillez dans les salons ! Avec les 500 faits & idées sélectionnés par la rédaction. Un livre Books Éditions.

Lu d'ailleurs
Temps de lecture 1 min

Le sens des mots

S’il y a un sujet avec lequel Daniel Gamper, professeur de philosophie à l’Université autonome de Barcelone (UAB), ne badine pas, c’est le langage. En témoigne l’ouvrage qu’il vient de consacrer à l’art presque perdu de bien choisir ses mots. Et son initiative suscite l’adhésion, puisque Las mejores palabras a été récompensé du prix Anagrama de l’essai.

 

Cet ouvrage est né d’un double constat : d’un côté, nous assistons à une « dévaluation de la parole », et de l’autre, à une « revendication accrue de la liberté d’expression ». C’est ce qu’a exposé Daniel Gamper le 6 mai dernier, au cours d’une conférence de presse dont le quotidien catalan El Periódico fait le compte rendu.

La valeur des mots dégringole

En 22 chapitres thématiques, le philosophe barcelonais interroge la manière dont nous choisissons nos mots à l’école, en famille ou dans la sphère publique. Il aborde notamment la question des fake news, de l’autocensure, du bilinguisme, du politiquement correct et de l’impact des réseaux sociaux sur notre façon de nous exprimer.

Si, selon l’adage, tout ce qui est rare est cher, il n’est pas étonnant de voir la valeur des mots dégringoler. À une époque où nous sommes sans cesse invités à nous exprimer de façon débridée et où la parole circule à une vitesse exponentielle, le sens des mots en vient à se diluer dans le bruit ambiant. « Vidée et dépouillée de sa signification originelle dans la vie politique et publique où la démagogie permet de dire tout et son contraire ; maltraitée et déformée dans les médias et les réseaux sociaux : ça ne fait aucun doute, c’est une sale période pour la parole », constate Carles Geli dans le quotidien El País.

Les mots du bien et du mal

Et pourtant, les mots nous engagent, et il en va de la responsabilité de chacun de les choisir soigneusement, insiste Gamper. « Les mots nous servent à prendre soin les uns des autres, à discuter collectivement du bien et du mal, de la justice et de l’injustice ; quand ils sont mis au service d’un individu ou du marché, ils ne remplissent plus ces fonctions », regrette-t-il. Paroles, paroles… lui opposeront peut-être les cyniques.

 

À lire aussi dans Books : Réapprenons l’art oratoire !, novembre-décembre 2016.

LE LIVRE
LE LIVRE

Las mejores palabras. De la libre expresión de Daniel Gamper, Anagrama, 2019

SUR LE MÊME THÈME

Brexit : l’histoire britannique prise en otage
Lu d'ailleurs La double vie de Caroline Pavlova
Papillonner avec Nabokov

Dans le magazine
BOOKS n°103

DOSSIER

Femmes singulières

Mot manquant

Harga

par Daniel Pennac

Esprit critique

La nouvelle élite féminine

par Olivier Postel-Vinay

Politique

Mamata Banerjee, la « grande sœur » des Bengalais

par Sumana Roy

Voir le sommaire

Booksletter,
c'est gratuit !

Retrouvez gratuitement la Booksletter
chaque samedi matin dans votre boîte email.