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Le sexe faible, vraiment ?

Dans tous les pays frappés par l’épidémie de Covid-19, on constate que le taux de mortalité des hommes est bien plus élevé que celui des femmes. Personne ne sait exactement pourquoi, bien que plusieurs types d’explications aient été avancés – les hommes auraient des comportements plus à risque, par exemple. Sharon Moalem, lui, semble avoir sa petite idée sur la question. Dans The Better Half, ce neurogénéticien soutient que posséder deux chromosomes X donne aux femmes un sérieux avantage génétique sur les hommes.

Un peu plus de 80 % des centenaires sont des femmes, rappelle Moalem, et le taux de mortalité infantile des petites filles est bien inférieur à celui des garçons. Les taux de prévalence de troubles tels que l’hyperactivité, le daltonisme ou l’autisme sont beaucoup plus élevés chez les hommes que chez les femmes. Les hommes ont 20 % de chances de plus que les femmes d’avoir un cancer (et 40 % de chances de plus d’en mourir), et ils sont plus vulnérables face aux maladies infectieuses. Pour Moalem, les femmes doivent leur étonnante aptitude à la survie à leur second chromosome X.

Deux chromosomes complémentaires

Non seulement elles peuvent s’en remettre à leur second chromosome X si l’autre présente des anomalies – contrairement aux hommes, qui possèdent un chromosome X et un chromosome Y. Mais surtout, elles jouissent d’une plus grande diversité de réponses aux infections, parce que le chromosome X contient de très nombreux gènes impliqués dans le fonctionnement du système immunitaire. Ayant deux exemplaires du chromosome X, elles peuvent avoir deux allèles différents du même gène : leur « boîte à outils immunologique » est mieux fournie, résume l’auteur.

« L’idée de Moalem, c’est que l’on a longtemps négligé l’importance du second chromosome X, de la même manière que l’on a longtemps ignoré les découvertes scientifiques faites par des femmes. Encore aujourd’hui, la vaste majorité des essais cliniques sont faits sur des sujets masculins, ce qui porte préjudice aux femmes qui souffrent de traitements ou de dosages inappropriés », insiste Gaia Vince dans le quotidien britannique The Guardian.

La différence des sexes

D’autres commentateurs reprochent à Moalem de minorer le rôle joué par les facteurs environnementaux et d’insister plus que de raison sur les différences biologiques entre les sexes. « Le problème, c’est que Sharon Moalem ne réfute pas l’existence d’un “sexe faible” : il inverse simplement le stigmate. C’est un peu décourageant que le débat sur le sujet soit si souvent posé en termes d’opposition et de compétition : faut-il vraiment qu’un sexe  “batte” l’autre ? », regrette Stuart Ritchie dans le quotidien londonien Evening Standard.

À lire aussi dans Books : Du nouveau sur le chromosome Y, mars 2020.

LE LIVRE
LE LIVRE

The Better Half: On the Genetic Superiority of Women de Sharon Moalem, Farrar, Straus and Giroux, 2020

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