Socrate, amoureux contrarié
par Pauline Toulet
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Socrate, amoureux contrarié

Écrit par Pauline Toulet publié le le 16 avril 2019

Si nous tenons Socrate pour le père fondateur de la philosophie, il n’a cependant laissé aucun écrit. Tout ce que nous savons de sa pensée, nous le devons à ses commentateurs et à ses disciples. Il y a eu Platon, bien sûr, dont les dialogues mettent en scène le philosophe. Et Aristophane, qui se moque ouvertement de Socrate dans sa pièce Les Nuées. Mais toutes ces sources dépeignent un homme accompli, âgé de 50 ou 60 ans, déjà rompu à la rhétorique. Quid du jeune Socrate, de ses années de formation et, plus méconnu encore, de ses élans amoureux ?

Elle s’appelait Aspasie

C’est la question que s’est posée Armand D’Angour, professeur de lettres classiques à Oxford. Dans Socrates in Love, il entend lever le voile sur l’influence qu’aurait eu une femme, une certaine Aspasie, sur le philosophe athénien. Armand D’Angour « parvient à construire un argumentaire convaincant à partir de minces indices », pointe Patrick Kidd dans The Times.

Ce qui a d’abord mis la puce à l’oreille de l’auteur, c’est un texte de Platon, le Banquet, dans lequel différents orateurs sont invités à prononcer un discours sur l’amour. Quand vient le tour de Socrate, celui-ci évoque une femme qu’il aurait connue dans sa jeunesse, Diotime, et qui l’aurait « instruit des choses de l’amour ». Jusqu’à présent, les hellénistes considéraient qu’il s’agissait d’un personnage de fiction.

Socrate face à Périclès

Mais pour D’Angour, Diotime ferait en fait directement référence à Aspasie, une femme d’une grande érudition, contemporaine de Socrate. Tous deux se sont rencontrés à Athènes, lorsqu’ils avaient une vingtaine d’années. Aspasie, connue pour la finesse de ses raisonnements et ses qualités d’oratrice, fréquentait les hommes les plus influents de son époque. C’est ainsi qu’elle rencontra Socrate et le stratège Périclès, préférant le second au premier, dont elle fut la compagne pendant quinze ans. D’Angour soutient que les réflexions de Socrate sur la beauté, l’amour ou la transcendance lui auraient été en partie inspirées par ses échanges avec Aspasie.

 

Socrates in Love est « à la fois une biographie romanesque et une reconstitution extrêmement sérieuse et documentée », commente Paul Cartledge dans la Literary Review. Quant à donner le fin mot de l’histoire – Socrate en pinçait-il pour Aspasie ? –, D’Angour s’en garde bien. Il préfère plutôt s’en remettre à la célèbre maxime socratique : « tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien ».

 

 

À lire aussi dans Books : Le vrai crime de Socrate, décembre 2016.

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