« Les suffragettes anglaises sont à Paris »
par La Petite République

« Les suffragettes anglaises sont à Paris »

Onze ans avant d’obtenir le droit de vote pour les femmes, huit suffragettes britanniques sont de passage à Paris pour tenter de sensibiliser le public français à leur combat. Parmi elles, Dora Montefiore affronte poliment le scepticisme d’un journaliste français.

Publié dans le magazine Books, mai/juin 2018. Par La Petite République
Dans le cadre d’un partenariat avec RetroNews, le site de presse de la BnF, Books publie cet article issu des archives de la presse française. Cet entretien entre Dora Montefiore, suffragette britannique et un journaliste français est paru le 14 juin 1907 dans La Petite République.     Dans le cabinet du docteur Madeleine Pelletier, présidente de la Solidarité des femmes, elles sont quatre femmes, quatre apôtres : Mrs Dora Montefiore, grande, distinguée, le front spacieux, le regard intelligent et attentif ; le français qu’elle parle est net, logique, au besoin familier. La prononciation britannique, sans nuire à sa clarté, y mêle une aimable saveur. Modestement assise à côté d’elle, le visage encadré par un châle noir, une jeune ouvrière anglaise dont le charme grave est tout à fait « Dickens ». Plus loin hors de portée de la lampe, les cheveux blancs, les beaux yeux rêveurs, la voix sereine et extasiée de Mme Caroline Kauffman. Nous ayant désigné du geste l’extrémité du divan où elle-même a pris place, la tête droite sur son col masculin, la chevelure courte et crâne, de ce ton bref et précis dont elle présente habituellement les revendications de la femme ou énonce les diagnostics de la science, le docteur Madeleine Pelletier explique et présente : — Mrs Dora Montefiore et Mrs Knight, deux des huit… féministes ou suffragettes ? s’interrompt-elle le sourcil froncé. — Suffragettes, tranche avec un sourire Mrs Montefiore. —... des huit suffragettes qui viennent à Paris tendre au nom du féminisme anglais la main au féminisme français. Vous pouvez dire ceci, pour ceux qui ont prétendu que Mrs Montefiore n’était pas socialiste : elle et sa compagne font partie de la Social-Democratic Federation. Mrs Montefiore et Mrs Knight ont pris toutes deux une part active à la propagande des suffragettes. Vous savez que le but en est la conquête du droit de vote : la devise adoptée par nos sœurs anglaises est : « Taxation sans représentation est tyrannie. » — J’ai, dit Mrs Montefiore, refusé de payer pendant trois ans l’impôt, l’income tax auquel de par la loi anglaise mes biens étaient soumis ; avec l’aide de ma bonne, j’ai tenu six semaines ma porte close au nez de l’huissier, expliquant à celui-ci que la loi en vertu de laquelle il prétendait opérer n’obligeait que ceux qui avaient eu le droit de la faire et ceux qui, s’il leur plaisait, pourraient la défaire : les six semaines passées, ma porte fut enfoncée au nom du roi et moi mise en prison. Mrs Knight, que voici, a été détenue deux mois en société de femmes de mauvaise vie : on l’a laissée une…
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