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Dans la tête de Kim Jong-Un

Comment écrire la biographie d’un homme qui a vécu sous une fausse identité dès l’enfance et qui est aujourd’hui suivi dans ses déplacements à l’étranger par une équipe chargée d’effacer toutes ses traces afin qu’aucun échantillon ne puisse être prélevé pour en déduire des informations sur sa santé ?

 

Pour faire le portrait du dirigeant nord-coréen Kim Jong-Un, Anna Fifield, cheffe du bureau du Washington Post à Pékin, a notamment remonté la piste de tous ceux qui l’ont côtoyé : de ses camarades de classe à l’ancien basketteur américain Dennis Rodman. Elle a même retrouvé son oncle et sa tante maternels, chez qui il logeait pendant sa scolarité en Suisse, et qui vivent à présent en exil aux États-Unis.

Un dirigeant responsable

 « Cependant, contrairement à une biographie classique, on ne pénètre pas ici dans l’intimité du personnage. Kim apparaît comme un objet vu de l’extérieur », remarque le journaliste Scott Neuman sur le site de la radio publique américaine NPR. « Il en résulte un portrait d’un dirigeant parfaitement responsable de ses actes ».

Kim a grandi avec le sentiment que tout lui était dû, et sa jeunesse en Occident lui a appris une chose, précise Fifield dans un entretien au Japan Times : « Il n’y a qu’en Corée du Nord qu’il peut être le grand manitou ». Il a ainsi, dès son accession au pouvoir en 2011, à la fois éliminé physiquement les personnes qui représentaient une menace (parmi lesquelles son demi-frère et un oncle) et mis les bouchées doubles pour faire aboutir les programmes nucléaires et balistiques.

La mue du tyran

Une fois démontrée la capacité de la Corée du Nord à frapper le sol américain, Kim pouvait commencer sa mue et « troquer les habits de tyran cruel, menaçant et doté de l’arme nucléaire pour ceux de dictateur incompris, affable et soucieux de développer son pays », écrit Fifield. Car, selon elle, Kim sait que la levée des sanctions internationales qui pèsent sur son pays est le meilleur moyen pour lui de se maintenir durablement au pouvoir. La menace ne vient pas tant de la population, qui n’est pas vraiment en mesure de se révolter, que de l’élite technocratique qu’il se doit de contenter.

À lire aussi dans Books : Tartuffe en Corée, septembre 2013.

LE LIVRE
LE LIVRE

The Great Successor: The Divinely Perfect Destiny of Brilliant Comrade Kim Jong Un de Anna Fifield, Public Affairs, 2019

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