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Troubles et destins en Irlande du Nord

« Un excellent exposé du conflit nord-irlandais », juge l’écrivain irlandais Roddy Doyle dans The New York Times. « Un livre qui prendra place au côté des meilleurs ouvrages sur les Troubles » estime le journaliste Toby Harnden dans The Times. Anthony McIntyre, ancien militant de l’IRA, abonde dans leur sens sur son blog et regrette d’ailleurs que Say Nothing, du grand reporter américain Patrick Radden Keefe, n’ait guère suscité l’intérêt des médias irlandais. Mais ceux-ci avaient-ils envie de revenir une nouvelle fois sur la disparition de Jean McConville, une histoire qu’ils ont déjà si souvent ressassée ?

Le trouble d’une famille

Le livre s’ouvre sur l’enlèvement de cette veuve de 38 ans à son domicile de Belfast un soir de décembre 1972. Ses dix enfants, qui assistent à la scène, ne la reverront jamais. Ses restes ont été retrouvés sur une plage en 2003.

« Keefe suit l’histoire des McConville, compilant plus d’une centaine de sources et creusant de plus en plus profond, au point de se faire sa propre idée sur l’identité de son meurtrier », précise la critique Jennifer Szalai dans The New York Times.

Le destin de l’Irlande du Nord

Entrent en scène plusieurs figures de la lutte armée : les sœurs Price, Dolours et Marian, 21 ans et 18 ans à l’époque, jugées et incarcérées en 1973, après l’attentat contre l’Old Bailey à Londres ; Brendan Hughes, commandant de l’IRA, et le chef du Sinn Féin Gerry Adams, qui a toujours nié avoir participé à des actions paramilitaires.

 

Mais au-delà des histoires individuelles et du mystère qui donne à son livre des accents de thriller, Keefe s’intéresse au « déni collectif », à la façon dont une société gère la violence et les traumatismes légués par des décennies d’un conflit encore présent dans toutes les têtes. « Ce qu’il exprime le mieux c’est la tragédie, le gâchis, et l’idée de préjudice moral, ajoute Doyle. Dolours Price, a pensé comme beaucoup d’autres qu’avec la signature de l’accord du Vendredi saint, en 1998, les attentats à la bombe et les enlèvements n’avaient plus de justification morale. » Les McConville, eux, espèrent toujours pouvoir faire condamner les meurtriers de leur mère.

À lire aussi dans Books : Élégie pour une Irlande disparue, avril 2012.

LE LIVRE
LE LIVRE

Say Nothing: A True Story of Murder and Memory in Northern Ireland de Patrick Radden Keefe, Doubleday, 2019

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