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Tsuneno, une femme dans le Japon d’Edo

Tsuneno est morte en 1853 dans la capitale du shogunat Tokugawa Edo (aujourd’hui Tokyo). Elle avait 49 ans, et vivait chichement de petits boulots. Dix ans plus tôt, elle avait fui sa province natale après son troisième divorce. Fille d’un chef religieux local, elle savait lire et écrire et avait été dotée d’un beau trousseau. Quand elle l’eut entièrement vendu, le voisin qui l’avait aidée à rejoindre la capitale l’abandonna. Edo était en pleine tourmente politique et économique, la famine menaçait le pays.

Tsuneno n’est pas l’héroïne d’un roman, mais le sujet de recherche de l’historienne américaine spécialiste du Japon Amy Stanley. Celle-ci a découvert dans les archives de la préfecture de Niigata toute la correspondance numérisée de la famille de cette femme. Dans Stranger in the Shogun’s City, elle s’appuie sur ces lettres, ainsi que sur une foule de documents d’époque (Mémoires, annales…) pour étudier la fin de l’époque d’Edo.

Plongée dans l’époque Edo


« Nous pouvons entendre les samouraïs parcourir la ville, sentir les anguilles griller dans les petites échoppes, admirer les couleurs des affiches annonçant les spectacles de kabuki. Nous apprenons que les pauvres portent des vêtements en papier, qui ne peuvent jamais être lavés et que les riches se rendent chez le coiffeur pour leur coiffure élaborée », décrit l’universitaire David Chaffetz dans l’Asian Review of Books.

La plupart des lettres de Tsuneno sont adressées à sa famille à la campagne et sont des appels à l’aide. Sa vie intérieure reste, elle, largement un mystère. Mais ces courriers sont parfois « d’une sincérité délicieuse », relève Lidija Haas dans le mensuel Harper’s Magazine. « Comme vous le savez déjà probablement, elle est très égoïste, donc s’il vous plaît, renvoyez-nous la si cela ne se passe pas bien », écrit ainsi Giyu, le frère de Tsuneno, à l’homme qu’il lui a choisi pour quatrième mari.

L’histoire d’une femme

« L’histoire avec un grand H est présente entre les lignes. L’incapacité du shogunat à faire face aux changements sociaux, les préparatifs de l’expédition du commodore Matthew Perry menée pour exiger l’ouverture des ports japonais aux navires de commerce américains, tout cela sous-tend l’histoire de Tsuneno et la façonne parfois, mais pas toujours. En tant que personne sans importance, en tant que femme, Tsuneno n’a pas sa place dans un certain type de récit historique, mais sans elle, pouvons-nous vraiment prétendre comprendre l’histoire du Japon ? », note Chaffetz.

À lire aussi dans Books : Les Japonaises sous l’empire du bento, juillet-août 2011.

LE LIVRE
LE LIVRE

Stranger in the Shogun’s City de Amy Stanley, Scribner, 2020

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