Une fascination imméritée

Comment se fait-il que Byron, Shelley, Goethe, Heine, Hegel, Hazlitt, Manzoni, Nietzsche, soit la moitié de l’intelligentsia européenne, aient été de fervents admirateurs de Napoléon ? Ses talents de tacticien et de propagandiste dissimulent mal un homme finalement assez ordinaire, assoiffé de gloire militaire et de pouvoir personnel.


« On peut difficilement attribuer du génie à quelqu’un qui a présidé au pire désastre de l’histoire militaire », écrit l’historien Adam Zamoyski. Ici, The Corsican Bajazet in London (« Le Bajazet corse à Londres »), 1803.

Napoléon n’avait pas une haute opinion de son père. Il s’en souvenait comme d’un homme bon mais aussi comme d’un « homme de plaisirs » qui avait dilapidé la fortune familiale et joué au grand seigneur à Paris. Il sécha vite ses larmes lorsque Carlo-Maria de Buonaparte mourut en 1785, à l’âge de 38 ans, du même cancer de l’estomac qui devait l’emporter lui aussi en 1821, à 51 ans. Lorsque le conseil municipal de Montpellier lui demanda l’autorisation d’ériger un monument à Carlo, Napoléon, d’ordinaire prêt à saisir toute occasion d’élever sa famille, opposa son veto. En revanche, il vénérait sa mère, Letizia, dont il disait : « C’est à [elle] que je dois toute ma fortune et tout ce que j’ai fait de bien » et pour qui il créa le titre prestigieux de Madame Mère.
Ce portrait de Carlo est passé à la postérité, mais était-il fondé ? Le père était tout ce que le fils n’était pas : grand, beau et bon cavalier. (L’Empereur, lui, était ballotté en selle comme un navire en haute mer, ce qui rend ...

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Napoléon. Une vie de Adam Zamoyski, Piranha, 2018

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