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Vampirisée – Jane Austen en version hémoglobine

Morts vivants, vampires et monstres marins envahissent l'oeuvre de la romancière britannique.

Tout semble opposer l’univers raffiné et sentimental des romans de Jane Austen à celui des films d’horreur. L’écrivain new-yorkais Ben H. Winters les a cependant réunis dans son pastiche « Raisons et sentiments et monstres marins », sorti à l’automne 2009 aux États-Unis. L’intrigue du livre reste celle du roman d’Austen, à ceci près que les jeunes sœurs désargentées en quête du grand amour ne vivent plus dans un cottage du Devonshire, mais sur une île assaillie par des monstres marins. Le prétendant qui vient au secours de la jeune fille surprise par l’orage est « un gentleman vêtu d’une tenue de plongée et d’un casque, et muni d’un harpon » qui affronte un calmar géant « crachant des petits morceaux de cervelle et du sang depuis les commissures de sa bouche ».

Ce détournement n’est pas absurde, estime The Observer, qui note que la société décrite par Austen est peuplée de terribles prédateurs, tels ces « messieurs sans scrupules prêts à enlever et dévorer les jeunes filles ». En un sens, « Raisons et sentiments et monstres marins » ne fait donc que « rendre explicite une métaphore littéraire » latente. Le livre est donc réussi et divertissant… du moins pour celui qui n’a pas lu, premier exercice du genre, Orgueil et préjugés et zombies de Jane Austen et Seth Graham-Smith. C’est en effet l’immense succès de ce livre paru en avril 2008 qui a poussé l’éditeur Quirk Books à commander d’urgence un second pastiche. Et le jeu, déjà lassant au bout de trois chapitres, devient franchement ennuyeux au bout du second livre, déplore The Observer.

Le magazine britannique se montre cependant admiratif du coup de génie de Quirk Books. Alors que « le tournage d’une nouvelle adaptation au cinéma commence quand la précédente est encore en postproduction », l’industrie de l’exploitation de l’œuvre de Jane Austen menaçait d’être victime d’une crise de surproduction. Le salut est donc venu de la diversification sur un marché porteur : celui des morts vivants, des vampires et autres créatures d’épouvante. Les spécialistes de la biographie s’y mettent à leur tour. Après « La Reine Victoria, chasseuse de démons » de A.E. Moorat paru en janvier 2010 chez Harper Collins, on annonce un « Abraham Lincoln, chasseur de vampires » chez Grand Central Books. Ben H. Winters, lui, entend continuer sur sa lancée. Sur le site Huffington Post, il théorise la collaboration avec des écrivains disparus. Ses deux règles d’or : « choisir un auteur vraiment célèbre » et « un livre vraiment connu ». Nul doute qu’il les a respectées en écrivant avec Léon Tolstoï « Androida Karenine », à paraître au mois de juin.

=> Découvrir les articles des encyclopédies Universalis et Britannica sur Jane Austen

=> Découvrir l’article de l’encyclopédie Universalis sur Orgueil et Préjugés

LE LIVRE
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Raison et Sentiments et Monstres marins de Vampirisée – Jane Austen en version hémoglobine, Quirk Books

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