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Les voyages de Godzilla


Coulisses de Godzilla (1954)

Godzilla II – Roi des monstres, de Michael Doherty est le 35e film à mettre en scène le célèbre monstre japonais et le troisième réalisé par Hollywood. Que le monstre d’origine japonaise franchisse le Pacifique n’a rien d’exceptionnel. Sa carrière est faite d’allers-retours entre les États-Unis et le Japon, rappelle l’historien américain William Tsutsui dans Godzilla on my Mind.

 

Godzilla, ou Gojira en japonais, est né dans les studios Toho de Tokyo en 1954. Mais ses créateurs se sont directement inspirés d’un film américain sorti l’année précédente, Le Monstre des temps perdus, d’Eugène Lourié. Il mettait en scène un animal préhistorique géant, réveillé par une bombe nucléaire, qui dévastait Manhattan.

Le monstre radioactif prend cependant un sens tout particulier pour ses créateurs japonais, alors que les Américains testent la bombe H dans le Pacifique et que les bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki sont présents dans tous les esprits.

 

Le réalisateur du film, Ishiro Honda, assurait que le monstre était un moyen de rendre les radiations visibles. Dans plusieurs plans, il insiste d’ailleurs sur les conséquences du souffle radioactif du monstre en montrant des petites filles examinées à l’aide d’un compteur Geiger grésillant. Le film était aussi un moyen de raviver le sentiment patriotique japonais à travers le déploiement de ses troupes.

 

Godzilla traverse le Pacifique en 1955. Les monstres destructeurs y ont alors les faveurs du public américain. Mais le film original ne peut être diffusé tel quel. Il est amputé d’un tiers, la fin et sa morale sur les dangers de l’énergie nucléaire remaniée, tout ce qui aurait pu donner une mauvaise image de États-Unis et les séquences qui soulignent le ressentiment des Japonais après la guerre sont coupées, et un héros américain incarné par Raymond Burr savamment rajouté. Godzilla, transformé en menace typique de la Guerre froide, se fait une place dans le panthéon des monstres américains.

 

Au Japon, la menace atomique s’éloignant avec la signature du Traité d’interdiction partielle des essais nucléaires signé en 1963, le monstre perd sa raison d’être et se mue en héros pour les enfants dans les années 1970, avant de symboliser dans les décennies suivantes le Japon devenu superpuissance économique.

 

À lire aussi dans Books : La fabrique de l’âme japonaise, octobre 2011.

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LE LIVRE
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Godzilla on My Mind: Fifty Years of the King of Monsters de William Tsutsui, St Martin's Press, 2004

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