Courir pour se souvenir
Publié dans le magazine Books n° 118, mars-avril.
Sa trajectoire avait tout de la success story à l’américaine : des parents immigrés du Mexique, ouvriers agricoles, et lui qui réussit à aller à l’université. Mais voilà, Noé Álvarez ne s’y sent pas à sa place : comment, par exemple, utiliser avec aisance une fourchette et un couteau quand on a toute sa vie mangé avec les doigts ? Il préfère tout abandonner pour courir les 10 000 kilomètres d’un ultratrail qui, tous les quatre ans, traverse l’Amérique du Nord – de l’Alaska à la frontière guatémaltèque – et vise à rendre leur dignité aux communautés indigènes. Son ouvrage se situe « à mi-chemin entre le récit de voyage et l’autobiographie traditionnelle », note Danielle Jackson dans The New York Times. La course est un défi physique et mental : on passe des forêts humides du nord-ouest du Pacifique aux rues de Los Angeles, puis aux déserts du nord du Mexique. Les indications sont réduites au minimum (« En cas de doute, tournez à gauche »), tout comme la nourriture. « La majorité des coureurs sont des toxicomanes...
