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Adenauer le gaullien

Le chancelier allemand se faisait jouer La Marseillaise pour soigner ses dépressions.

Paul Adenauer est le cinquième fils du premier chancelier de la RFA, Konrad Adenauer, et il passait pour « le plus intelligent de tous », note Klaus Wiegrefe dans Der Spiegel. En 1951, il est ordonné prêtre et, en 1960, à l’âge de 37 ans, tout en continuant à assumer sa charge d’évêque catho­lique, il devient l’assistant de son père. On l’ignorait, mais il a tenu durant toute cette ­période un journal qui vient d’être publié outre-Rhin. « Une trouvaille extraor­dinaire qui ouvre des perspectives nouvelles sur le père fondateur de la République fédérale », juge Wiegrefe.

On y découvre un Adenauer en excellente forme physique malgré son grand âge, qui ­recourt toutefois à l’occasion aux stupéfiants pour rester alerte (la pervitine, la fameuse drogue de la Wehrmacht pendant la Seconde Guerre mondiale). On découvre aussi une peau de vache qui ­déteste Ludwig Erhard, l’homme qui lui a succédé à la chancellerie. Cette exécration a pour pendant son admiration pour le général de Gaulle. Il apprécie l’homme, un fervent catholique comme lui, et il est touché de le voir s’occuper de façon si affectueuse de sa fille trisomique. Leur entente est aussi politique. Adenauer ne croit guère au parapluie nucléaire américain : il compte plutôt sur l’ancien ennemi français pour protéger l’Allemagne des Soviétiques et espère qu’il fera profiter la RFA de son savoir-faire en matière d’énergie atomique. Il partage la méfiance de De Gaulle envers les Britanniques et approuve son refus de les laisser entrer dans la Communauté européenne « parce qu’alors l’équilibre ouest-européen fondé sur l’alliance franco-allemande serait rompu et que l’influence de la gauche (avec le Parti travailliste britannique) deviendrait trop forte », note Markus Schwering dans le Frankfurter Rundschau.

Cette position à l’égard de la France est loin d’être appréciée par tous les membres de son ­cabinet. Son ministre des Affaires étrangères, Gerhard Schröder (un homonyme du futur chancelier) fait tout pour torpiller le rapprochement avec le voisin d’outre-Rhin. Même l’entourage du chancelier est parfois choqué par ses excès de francophilie : pour soigner ses dépressions, il se fait jouer La Marseillaise. Cette musique « lui fait du bien », ­explique son fils.

Le général de Gaulle finit néanmoins par le décevoir lorsqu’il se rapproche de la Pologne et de l’URSS, ­renouant ainsi avec la diplomatie française traditionnelle dirigée contre l’Allemagne. Adenauer dénonce alors sa « méga­lomanie ». Et il confie, amer : « Je suis l’une des nombreuses personnes qu’il a utilisées puis mises de côté. »

LE LIVRE
LE LIVRE

Konrad Adenauer – Le père, le pouvoir et l’héritage. de Hanns Hürgen Küsters, Ferdinand Schöningh, 2017

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