L’Amérique de la contrebande
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L’Amérique de la contrebande

Écrit par La rédaction de Books publié le 25 janvier 2019

Dans La Mule, Clint Eastwood se met en scène dans le rôle d’un retraité qui convoie de la drogue pour un cartel mexicain. Faire d’un passeur un héros prend tout son sens à la lumière de l’histoire des États-Unis. Le premier millionnaire américain John Jacob Astor ne faisait-il pas le commerce de l’opium ? « Pour le pire et le meilleur, la contrebande a joué un rôle essentiel dans la naissance, le développement, et la transformation des États-Unis en une puissance mondiale », écrit Peter Andreas, professeur de science politique à l’université Brown, dans Smuggler Nation.

Ainsi pour Andreas, la guerre d’Indépendance est, sous bien des aspects, une réaction aux tentatives britanniques de faire cesser la contrebande et récupérer ses droits de douane. Les négociants américains étaient en effet des acteurs de premier plan dans les trafics transatlantiques et, notamment, dans la contrebande de mélasse des Antilles à destination des distilleries de Nouvelle-Angleterre. Les conflits entre trafiquants et autorités douanières anglaises ont joué un rôle crucial dans la montée des tensions qui ont conduit à la guerre.

La jeune nation américaine recourt à la piraterie intellectuelle et technologique pour assurer son développement économique. Les Britanniques imposent alors des restrictions sur les transferts de machines et de main-d’œuvre spécialisée. Samuel Slater, aujourd’hui considéré comme « le père de la révolution industrielle américaine » est ainsi un ouvrier britannique arrivé illégalement aux États-Unis où il a assemblé tout aussi illégalement des machines à filer le coton inventées en Angleterre.

Mais si les États-Unis ont contourné les taxes et les lois britanniques pendant tout le XVIIIe siècle, une fois devenus une puissance industrielle, ils imposent des droits de douanes, des restrictions commerciales et prohibent certaines marchandises. Le développement de l’État fédéral américain a été stimulé et continue de l’être, selon Andreas, par la lutte contre la contrebande et les trafics illicites (de travailleurs chinois, d’alcool, de préservatifs…), loin du mythe d’un État minimaliste et non interventionniste.

À lire aussi dans Books : La guerre perdue contre la cocaïne, septembre 2010.

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