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Beautés de la mer

Claudio Magris a toujours été fasciné par les figures de proue, qu’il fait apparaître çà et là dans les pages de ses romans. L’écrivain triestin consacre à présent un ouvrage richement illustré à ces statues de bois qui ornent l’avant des bateaux.

 

Ces figures, le plus souvent fémi­nines, sont de lointaines descendantes des ophtalmoi, ces yeux qu’arboraient les ­navires de l’Antiquité pour conjurer le mauvais sort et qui sont encore parfois représentés sur des barques de pêcheurs. Elles ­regardent ce que les mate­lots ne doivent ou ne peuvent pas voir ; elles scrutent l’horizon et tout ce que cache l’étendue infinie de la mer.

 

Humaniste érudit, spécialiste de la Mitteleuropa mais surtout explo­rateur de frontières, ­Claudio Magris ne se contente pas de retracer l’histoire de ces fascinants objets et des artistes qui les ont réalisés. Il embarque le lecteur dans un voyage à travers la mythologie et la litté­rature, lui faisant arpen­ter les grands musées ­navals d’Europe et des Amériques à la recherche de ces beautés tantôt kitsch, tantôt nobles, tantôt chastes, tantôt sensuelles.

 

Son point de départ est la figure de proue de l’Argo, le navire mythique de Jason. « Toutes les autres en découlent : de l’Aphrodite ornant le navire sur lequel Pâris enlève Hélène à la tête d’antilope sur la proue du bateau de Toutânkhamon en passant par les dragons et les serpents de mer des bateaux vikings », observe Cristina Taglietti dans le quotidien Corriere della sera. « Mais, écrit Magris, pour qu’une “femme à la robe aérienne mue par le vent puisse s’élever à la proue, il faut que les hommes, même les honnêtes sculpteurs sur bois qui travaillent pour les marins, se soient élevés au ­sublime, au sentiment de succomber devant l’infini”. »

 

Magris raconte en effet « des artisans morts de l’excès de beauté de leurs créatures ; des voleurs ensorcelés par leurs charmes ; des collectionneurs comme le poète chilien Pablo Neruda, qui les conservait en plein air sur la plage d’Isla Negra », note la journaliste Daniela Ranieri dans le quotidien Il Fatto quotidiano. Et sous sa plume, résume ­Cristina Taglietti « ces figures de proue deviennent le symbole d’un regard qui cherche à saisir l’essence de la vie ».

LE LIVRE
LE LIVRE

Polene. Occhi del mare (« Figures de proue. Yeux de la mer ») de Claudio Magris, La Nave di Teseo, 2019

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