La belle erreur de Malthus
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La belle erreur de Malthus

Écrit par La rédaction de Books publié le 12 octobre 2018

Le rappel des glaneuses, Jules Breton, 1859.

À l’occasion de la publication du nouveau rapport du GIEC, l’Agence France Presse a relayé une étude scientifique selon laquelle le moyen le plus efficace de réduire son empreinte carbone est d’« avoir un enfant de moins ». Elle s’est immédiatement vue accusée de faire la promotion du malthusianisme.

L’économiste britannique Thomas Malthus sent le soufre depuis la publication de son Essai sur le principe de population en 1798, dans lequel il explique que la croissance démographique non contrôlée mettra en échec toutes les tentatives d’améliorer les conditions de vie de l’humanité.

Son raisonnement était pourtant en pointe à son époque, souligne l’historien Robert Mayhew. Malthus ne fait que décrire la logique à l’œuvre à l’ère préindustrielle. Les conditions de vie étaient directement liées à la démographie. L’arrivée de la peste noire en Europe en 1347 en est le parfait exemple. La dépopulation qui s’en est suivie a permis l’élévation des conditions de vie à un niveau sans précédent, un niveau que certains pays ne connaîtront plus avant le xxe siècle.

« Malthus avait raison pour l’ensemble de l’histoire de l’humanité, jusqu’à son époque », note l’économiste Paul Krugman. Si Malthus savait que de nouvelles techniques avaient permis d’accroître la productivité agricole sur le continent européen, il n’était pas en mesure d’imaginer l’étendue des changements déclenchés par la révolution industrielle. Il a cependant progressivement tempéré ses vues. Dans Principes d’économie politique au point de vue de leur application pratique, publié en 1820, il n’envisage plus sa théorie comme une loi inflexible mais comme une tendance. Selon Mayhew, c’est la conséquence du voyage d’étude qu’il avait entrepris en Scandinavie en 1799. Malthus y avait enregistré la dynamique des prix et de la démographie, visité des usines, des mines, des moulins, observé l’effet de la météo et du climat sur l’économie. Il écrit d’ailleurs dans ses Principes : « Les théories les plus brillantes et les plus belles classifications doivent s’écrouler devant le sanctuaire de la vérité, dont nous devons la découverte à l’observation des faits et à l’expérience ».

 

À lire aussi dans Books : Une catastrophe annoncée, décembre 2013.

 

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