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Berlin, ville en devenir

Comparée à ses homologues européennes, la capitale allemande fait figure de parvenue.


© Hulton Archive / Getty

Vue de Berlin vers 1688. La ville vient d'accueillir des milliers de huguenots contraints à l'exil par la révocation de l'édit de Nantes.

Au début des années 2000, c’est le Britannique ­Peter Ackroyd qui a inauguré le genre, en qualifiant son livre sur l’histoire de Londres de « biographie ».

 

Depuis, le genre a fait florès, comme le prouve le succès de l’ouvrage de près de 1 000 pages que Jens Bisky, journaliste au service culture du quotidien Süddeutsche Zeitung, consacre à Berlin.

 

« Le terme de biographie suggère qu’il s’agit avant tout de conférer à un territoire densément peuplé un carac­tère individuel. À l’instar d’une vie humaine, une ville se transforme tout en gardant des particularités ­durables », explique Harry Nutt dans le quotidien Berliner ­Zeitung. Lesquelles ?

 

En 1910, le critique d’art Karl Scheffler affirmait, dans son « Berlin, destin d’une ville », que la capitale allemande était condamnée à « toujours devenir sans jamais être », observe Nutt. Il regrettait « le caractère brut et le manque de style de la métropole prussienne, qu’il attribuait à sa croissance rapide lors de l’industrialisation tardive du pays ».

 

Bisky, qui a vécu une partie de sa jeunesse au sein de la nomenklatura est-allemande, propose une image plus positive. Mais il ne peut nier que, comparée aux autres capitales euro­péennes, Berlin fait figure de « parvenue ». Elle n’est mentionnée pour la première fois qu’en 1237 – et, même alors, c’est de Cöllns qu’il est question, une commune voisine qui ne fusionnera avec Berlin qu’en 1709. L’agglomération se situe en territoire slave, sur la Spree, au niveau d’un gué. Au XVe siècle, elle aurait pu devenir une grande cité commerçante, mais l’électeur de Brandebourg, profitant des querelles intestines, s’en empare et en fait sa capitale, ce qui brise l’élan économique de la ville, dont le destin est dès lors lié à celui de la dynastie des Hohenzollern. Ce n’est qu’au moment où cette dernière s’affirme, au XVIIe siècle, que Berlin prend son essor. La ville accueille alors des milliers de huguenots français contraints à l’exil par la révocation de l’édit de Nantes, en 1685.

 

Parmi les spécificités berlinoises, Nutt constate : « depuis toujours, les pauvres se sont installés dans les quartiers centraux alors que les riches migraient vers la périphérie ». Pourtant, l’effervescence citadine qui s’observe ailleurs, à Paris notamment, y a presque toujours été étouffée. Paris chasse ses rois (Charles V, Louis XIV enfant… ) et multiplie les révolutions, tandis que les révoltes berlinoises échouent presque immanquablement, en 1848 comme en 1918. Autre caractéristique : « Selon Bisky, les citoyens et les autorités, tout comme les universitaires et les industriels, ont eu tendance à parler de métropole mondiale, d’une ville leader dans tous les domaines. Mais cette mégalomanie était le revers de leur impuissance », remarque ­Helmut Höge dans le quotidien Die Tageszeitung.

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Berlin. Biographie einer grossen Stadt (« Berlin. Biographie d’une grande ville ») de Jens Bisky, Rowohlt, 2019

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