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Boris Cyrulnik : « La solitude affecte le cerveau »

Comme le montre l’article de Science que vous reproduisez, la solitude nous abîme. En réalité, elle affecte directement le cerveau. Les enfants roumains qui avaient été mis dans des mouroirs ont vu leur cerveau s’atrophier. Il faut que l’on parle aux bébés pour que la zone du langage se structure dans leur hémisphère gauche. Pierre Bustany, neurobiologiste à Caen
, a démontré à l’aide d’images obtenues au scanner qu’après trois semaines d’isolement sensoriel le cerveau s’abîme. La zone temporo-limbique droite s’atrophie. C’est une grande nouveauté de ces dernières années : nous savons désormais de manière certaine que le milieu structure notre cerveau. À Montpellier, le psychiatre Philippe Courtet est en train de finaliser un ouvrage collectif sur la neurobiologie du suicide. Il faut bien comprendre que le sentiment de solitude est une émotion, au sens biologique du terme, provoquée par une représentation. Il y a donc des raisons de penser que la culture du narcissisme qui caractérise notre société modifie les structures cérébrales. À cet égard, la notion d’héritabilité du sentiment de solitude, évoquée dans l’article, est importante. Cela ne signifie pas que ce soit héréditaire à proprement parler, mais que la transmission sur plusieurs générations est possible.   Propos recueillis par O.P.-V.

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