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Les nouvelles solitudes : Quoi de neuf ?

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Chantée depuis l’Épopée de Gilgamesh, le plus ancien texte littéraire, la solitude est l’un des thèmes les plus profonds de l’humaine condition. Ce qui est nouveau, c’est la place que prend le sujet dans nos sociétés. Le nombre de foyers occupés par une personne seule augmente régulièrement depuis un demi-siècle dans les pays occidentaux et, depuis quelque temps, dans le reste du monde. En Europe, la barre des 30 % a été franchie, révèle Euromonitor. La Suède devrait atteindre les 50 % dans huit ans. Plusieurs facteurs sont en cause. Les femmes engagées dans la vie professionnelle se marient plus tard. Elles survivent plus longtemps que par le passé à leur conjoint. Comme le souligne The Economist, « les avantages traditionnels du mariage – la stabilité financière, les relations sexuelles, une relation stable –, peuvent être trouvés ailleurs que dans le lit conjugal ». À quoi il faut bien sûr ajouter la propension au divorce, qui atteint désormais 50 % dans nombre de pays. On assiste donc à une sorte d’épidémie de solitude. À cette épidémie factuelle se superpose une épidémie plus difficile à appréhender : la progression du sentiment de solitude. Les deux phénomènes ne se recouvrent pas autant qu’on pourrait le croire : le sentiment de solitude affecte des gens qui ne vivent pas seuls et n’affecte pas toujours, il s’en faut, ceux qui vivent seuls. Comme l’indique le sondage que nous avons fait réaliser, les trois quarts des Français pensent que ce sentiment progresse. Pourquoi ? La culture du narcissisme est sans doute en cause, et les réseaux sociaux n’arrangent rien. Ce sujet a pris une telle ampleur qu’il a attiré l’attention des biologistes. C’est maintenant bien établi : le sentiment de solitude nuit aussi gravement à la santé que le tabac. Il serait même héritable et contagieux. Sans doute faut-il prendre des mesures pour lutter contre ses effets pervers, nous dit François Bayrou. Mais peut-être aussi faut-il réapprendre à en goûter les charmes et l’intérêt.

 

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