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François Bayrou : « Il ne faut pas craindre la solitude »

Choisir de dire la vérité, en politique, n’est-ce pas risquer de choisir la solitude ?

François Bayrou : La vérité est un choix de vie. La démocratie est une utopie, sans doute, et elle est en même temps un idéal. Mais, pour vivre, elle suppose un contrat de vérité entre citoyens et décideurs, élus et candidats. Ce qui signifie un engagement de tous les instants. Et si, momentanément, ce choix entraîne des difficultés, c’est sans gravité. Accéder au pouvoir sans avoir dit le vrai n’a aucun intérêt. C’est une forme de trahison, de compromission. Au contraire, l’effort de partager avec les citoyens la connaissance de la situation, l’exposé sans ambiguïté des décisions à prendre, donne aux gouvernants la légitimité nécessaire. Lorsque les efforts sont exigeants, ils n’entraînent pas toujours l’adhésion mais au moins l’estime, celle dont ont bénéficié des hommes comme Mendès France ou Barre. L’estime pour les dirigeants est un ressort essentiel du progrès d’un peuple. Et je ne crois pas que la solitude soit à craindre. Je ne connais aucun homme d’État qui n’ait fait cette expérience, soit avant soit après l’accès au pouvoir.

 

Les foyers d’une seule personne représentent désormais 30 % des foyers européens. Que vous inspire cette évolution ?

F. B. : Nous ne vivons pas des temps ordinaires. La généralisation de la solitude est l’une des mutations les plus frappantes de l’époque. Je considère que les pouvoirs publics ont une responsabilité. Quand on fait le bilan des allocations, des aides de toute nature, on se rend compte qu’en réalité ils poussent les gens à vivre seuls. Je considère que les mesures fiscales et sociales devraient inciter au partage de vie. Je ne pense pas seulement aux plus âgés, mais tout autant aux étudiants notamment. Dans de nombreux pays européens, en Belgique par exemple, la plupart des étudiants vivent en colocation. C’est un soutien précieux dans les années qui sont pour bien des jeunes les plus fragiles.

 

Propos recueillis par O.P-V.

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