Consensus
par Olivier Postel-Vinay

Consensus

Publié dans le magazine Books, février 2013. Par Olivier Postel-Vinay

Bien avant que le scandale du Mediator permette à une partie du « grand public » de prendre la mesure du pouvoir d’influence de l’industrie pharmaceutique, Books a attiré l’attention de ses lecteurs sur ce sujet. Nous avons ouvert le feu en avril 2009 avec un dossier intitulé de manière volontairement sommaire « Le scandale de l’industrie pharmaceutique », avec en sous-titre : « Notre santé otage de la corruption ». Ce dossier s’ouvrait par un article de Marcia Angell, ancienne membre de la rédaction en chef du célèbre New England Journal of Medicine, qui montrait en particulier comment de grands noms de la psychiatrie universitaire américaine se sont laissé corrompre par l’industrie pour faire la promotion de psychotropes à tort et à travers, y compris dans les grandes revues scientifiques. Pour ne donner qu’un exemple, des enfants de deux ans se voyaient atteints de « trouble bipolaire » et prescrire un médicament. Nous évoquions les livres d’autres « sonneurs d’alerte » américains, anglais et français, en particulier celui du Dr Kassirer, qui fut aussi rédacteur en chef du New England, et David Healy, qui se vit écarté de l’université de Toronto pour avoir contesté la publicité « scientifique » faite par la firme Eli Lilly sur son médicament phare, le Prozac.

Nous avons approfondi la controverse sur les psychotropes avec, en février 2012, un dossier sur les « médicaments de l’esprit », qui prenait appui sur le livre d’un psychiatre américain, Daniel Carlat. Entre-temps nous avions publié (mars 2011) un article fondé sur les travaux de John Ioannidis, dont l’équipe passe au crible de l’esprit critique les publications dans le secteur médical. Conclusion : on peut considérer à bon droit comme non fiables la majorité des études médicales publiées dans les revues scientifiques. Ce point de vue surprenant est aujourd’hui adopté par des critiques du « consensus » établi de longue date sur le cholestérol, molécule dont l’un des avatars est considéré comme le grand responsable de la maladie cardiaque.

 

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