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À contre-courant
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Courbet, provocateur par calcul


L'Origine du monde, Gustave Courbet / Danielle Dalledonne

Facebook répondait jeudi d’accusations de censure devant la justice française pour avoir fermé le compte d’un particulier reproduisant une photo du tableau de Gustave Courbet L’Origine du monde.

Cette œuvre sulfureuse est l’une des nombreuses provocations du peintre. Il l’a réalisée pour Kalil-Bey, ambassadeur ottoman à Paris. Celui-ci avait jeté son dévolu sur une autre toile du peintre Vénus et Psyché. Mais elle avait déjà trouvé preneur. Elle était elle-même un « coup » du maître. Avec cette représentation de deux femmes suggérant le lesbianisme, Courbet a testé les limites de la tolérance du public des années 1860. Le tableau « indécent » s’est vu refuser l’entrée au Salon de 1864 et a permis à l’artiste de faire sensation deux ans plus tard avec un autre nu La Femme au perroquet.

Tout était calculé. La professeur d’histoire de l’art Petra ten-Doesschate Chu, qui en publiant la correspondance du peintre avait déjà remis en cause le portrait de Courbet en pauvre artiste provincial qui met Paris à ses pieds, montre dans The Most Arrogant Man in France, à quel point ce fils de famille bien éduqué était autocentré et manipulateur. Courbet « a ouvert la voie à une nouvelle culture dans le monde de l’art, culture dans laquelle l’approbation du public a plus de valeur que celle du gouvernement ou de l’élite et où l’argent atteste du succès artistique mieux que les honneurs officiels », écrit-elle. « Il a démontré que la controverse n’était pas nécessairement néfaste à la réputation d’un artiste, mais une autre forme de publicité ».

La controverse lui permet d’attirer l’attention sur son travail, et d’écouler ses stocks de paysages. Alors que ses contemporains recherchent honneurs et patronage, lui en jouant les rebelles (il refuse notamment la Légion d’honneur en 1870) devient un héros de la toute nouvelle presse populaire. Courbet comptait sur les journaux. A son décès en 1877, on retrouve chez lui une armoire remplie de coupures de presse. « Venus et Psyché » n’était d’ailleurs pas sa première manœuvre pour se voir barrer l’accès au Salon. En 1863, il y a soumis « Le retour de la conférence » qui représente des prêtre saouls, et explique clairement son but dans sa correspondance : être refusé pour faire « rentrer de l’argent ».

 

A lire aussi dans Books : Les métamorphose du scandale, avril 2015.

LE LIVRE
LE LIVRE

The Most Arrogant Man in France de Petra ten-Doesschate Chu, Princeton University Press, 2007

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