Dans l’intimité d’un mathématicien
par Yasna Mussa et Luis Wong

Dans l’intimité d’un mathématicien

Le Franco-péruvien Harald Helfgott s’est propulsé au firmament des mathématiques en parvenant à résoudre l’un des problèmes les plus ardus de la discipline, datant de près de trois cents ans. Derrière cet exploit, un surdoué gauche et attachant qui habite le monde parallèle de la pensée pure, ne sait pas s’habiller, s’essaie maladroitement au tango et aborde la préparation des empanadas comme un problème de trigonométrie. Voyage dans le quotidien d’un génie.

Publié dans le magazine Books, mars 2016. Par Yasna Mussa et Luis Wong

©Musuk Nolte

Dans le jardin du Luxembourg. Harald Helfgott aime Paris, cette ville qui abrite selon lui le plus grand nombre de mathématiciens de haut niveau.

Sur YouTube, au-dessous d’une vidéo qui lui est consacrée, une jeune femme écrit à Harald Helfgott, en criardes lettres majuscules : « Fais-moi un enfant mathématicieeeen ! » Lui se charge de briser ses illusions : « Malheureusement, la génétique ne fonctionne pas ainsi. » « Oh, quel dommage ! » Ces deux-là ne se connaissent pas. Ils n’auront jamais d’enfant mathématicien. Harald Helfgott, l’une des stars des mathématiques, est fils d’un professeur de géométrie et d’une statisticienne. Il ne voit pas là l’effet de la génétique : aucun de ses deux frères n’est mathématicien. Né en 1977, cet expert en théorie des nombres affirme n’avoir ­aucun chiffre favori. « Tu ne rencontreras aucun mathématicien, que je sache, qui croie à la numérologie, répond-il très sérieusement à notre question en forme de boutade. C’est de la superstition (ou pseudoscience) fondée sur les coïncidences qui se produisent quand on observe une certaine quantité de nombres et qu’on cherche à les corréler avec une certaine quantité de choses. » Harald Helfgott a passé six ans de sa vie à observer une quantité infinie de nombres, pour résoudre l’un des grands problèmes de la théorie mathématique. Il ne sait pas si l’avoir fait aura une quelconque utilité pour nos vies. De notre côté, nous nous demandons à quoi ressemblent le quotidien et la personnalité d’un homme qui consacre son existence à de pures abstractions. Un matin de septembre 2013, dans un amphithéâtre de la Sorbonne, à ­Paris, où il vivait alors, Harald Helfgott assis­tait à une conférence sur l’écrivain Julio Ramón Ribeyro (1), dont il avait traduit…

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