Ralentir – L’art et la difficulté de ne rien faire
par Olivier Postel-Vinay

Ralentir – L’art et la difficulté de ne rien faire

olivier postel-vinay Publié dans le magazine Books, mars 2016. Par Olivier Postel-Vinay

©Collectif Transit/Picturetank

Stressé ? Débordée ? Oui, bien sûr, c’est une maladie de notre temps. Maladie prévue dès 1970 par l’économiste suédois Staffan B. Linder. Plus on s’enrichira, plus on aura le sentiment d’être sous pression, écrivait-il dans son livre La Ressource la plus rare. Pourquoi ? Parce qu’on se sentira obligé de consommer de plus en plus de biens par unité de temps. Keynes n’avait pas vu arriver la chose, lui qui prévoyait l’avènement d’une société où l’on travaillerait trois heures par jour. Ni l’un ni l’autre n’avaient anticipé l’avènement du réseau global. Nous voilà entrés dans l’ère de la « submersion » décrite par la journaliste ­Brigid Schulte dans Overwhelmed. Cela nous amène à réfléchir à deux questions distinctes. Il y a celle de l’overwork, en bon français la tendance à l’accroissement du temps effectivement consacré au travail. Une tendance fortement ressentie, mais très variable selon le profil professionnel, le sexe et le pays. Évaluer la réalité de ce phénomène est l’affaire d’une nouvelle discipline, la socio­logie de la mesure du temps. L’autre question est celle de la perception subjective du stress dû à la « submersion », que ce stress soit ou non principalement lié au travail. ­Réalités ­objective et subjective se liguent aujourd’hui pour donner naissance à une nouvelle tendance, celle du retour aux joies de la slow life, chantées par de grands esprits depuis des siècles.

 

Dans le dossier :

 

Pour aller plus loin

Adret, Travailler deux heures par jour, Le Seuil, 1977. Par un collectif avant-gardiste.

Tim Ferriss, La Semaine de quatre heures : travaillez moins, gagnez plus et vivez mieux !, Pearson, 2010. Par un gourou de la gestion du temps.

Frédéric Lenoir, La Puissance de la joie, Fayard, 2015. Savoir s’isoler à la campagne pour écrire.

Dominique Méda, Le temps des femmes. Pour un nouveau partage des rôles, Champs Flammarion, 2008.

Thierry Paquot, L’Art de la sieste, Zulma, 2008. Par un spécialiste du temps dans la cité.

Pierre Rabhi, La Puissance de la modération, Hozhoni, 2015. Par un apôtre de l’agroécologie.

Juliet Schor, La Véritable richesse : une économie du temps retrouvé, Charles Léopold Meyer, 2013.

Jean Viard, Le Triomphe d’une utopie : la révolution des temps libres, éditions de l’Aube, 2015.

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Commentaire

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  1. nicolas dit :

    Dossier intéressant car effectivement ralentir deviendra une nécessité mais interrogeons nous alors sur les conséquences des nouvelles technologies qui imposent un rythme de l ordinateur c est à dire un temps régulier et mesurable au temps humain qui passe par des moments moins chronométrables irréguliers et plus indéfinis. Hors l activité de production est pensée comme un flux continu sans ces moments interstitiels qui échappent peut être à la rationalité mais qui sont précieux pour la bonne santé humaine et servent au final la production car le cerveau ne fonctionne pas comme un ordinateur il a besoin de moment de intégration. Notre sentiment de être oppressé au travail vient du fait que les besoins sont penses comme devant être satisfaits en continu sans pause sous couverts que la croissance viendra de la conquête de ces zones libres que sont les temps de repos comme le dimanche ou la nuit. Enfin il y a plus prosaïquement la nécessité de diminuer les coûts et ce que l’on on fait en dix minutes une année devra se faire en cinq l année suivante. Interrogeons nous sur la société que nous voulons en acceptant de ne plus attendre et de fonctionner sur un temps chronométrable et non plus un temps humain.