Éloges de l’oisiveté

Montaigne, Samuel Johnson, Rodolphe Töpffer, Paul Lafargue, Jerome K. Jerome, Robert Benchley ont tous vanté l’art de ne rien faire : morceaux choisis.


©Yves Gellie/Picturetank

« Cet art consiste à voir sans cesse quelque chose qui ranime l'attention sans la fatiguer, et qui tienne l'esprit actif sans l'occuper. »

Dernièrement, je me suis retiré chez moi, décidé autant que le pourrais à ne rien faire d’autre que de passer en me reposant, à l’écart, le peu de temps qui me reste à vivre. Il me semblait que je ne pouvais faire une plus grande faveur à mon esprit que de le laisser en pleine oisiveté, à s’entretenir lui-même, s’arrêter et se retirer en lui-même. J’espérais qu’il pourrait le faire désormais plus facilement, étant devenu, avec le temps, plus pondéré et plus mûr. Mais je découvre que L’oisiveté dissipe toujours l’esprit en tous sens (Lucain, La Pharsale) et que, au contraire, comme un cheval échappé, il se donne cent fois plus de mal pour lui-même qu’il n’en prenait pour les autres. Et il me fabrique tant de chimères et de monstres extraordinaires les uns sur les autres, sans ordre et sans raison, que pour en examiner à mon aise l’ineptie et l’étrangeté, j’ai commencé à mettre cela par écrit, espérant, avec le temps, lui en faire honte à lui-même. — Montaigne, Essais, I, 8. ...

ARTICLE ISSU DU N°74

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