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Dennis Nielsen : « J’étais le mouton rose de ma famille »

Dans des lettres écrites de prison au psychologue et infirmier en psychiatrie Matthew Malekos, Dennis Nilsen révèle d’étonnantes capacités d’analyse.

« Quelles que soient les circonstances atténuantes qui peuvent être tirées de mon passé, je me sens moralement coupable […]. Aucun “syndrome” ne peut m’absoudre, justifier ou excuser mes actions, parce que l’homme sain d’esprit a le devoir d’agir contre la puissance destructrice de son pouvoir personnel ou de ses faiblesses […]. J’accepte donc la pleine responsabilité de mes actions passées, car c’est ce qui forme la stature d’un homme […] de pécher gravement et de se repentir pour ses crimes. La vraie punition a toujours été de connaître ses transgressions […], la connaissance de ce qu’on a fait et des conséquences pour autrui […] et la conscience que celui-là est méprisé de tous et relégué au statut d’être méprisé. »

 


 

« Et maintenant ils ont ajouté l’homophobie à la longue liste de mes crimes. S’il y avait eu un Noir parmi mes victimes, cela ferait apparemment de moi un raciste, s’il y avait eu un Français, cela m’aurait peut-être élevé au rang de francopohobe ou de xénophobe, s’il y avait eu un Juif, cela aurait fait de moi un antisémite. »

 


 

« Toutes mes victimes étaient de jeunes hommes […]. Voilà tout […] aucun autre facteur n’avait d’incidence sur le caractère vital de mon rituel. Si mes geôliers ne voient pas cela, ils ne peuvent rien comprendre de pertinent […] sur mes crimes. »

 


 

« La vraie question est de savoir comment ces “batailles intérieures” se sont produites ; cela revient à étudier les racines, les germes du “conflit” […]. La solution ne peut être trouvée dans les actes et les faits mais dans les motivations et les émotions présentes à l’esprit de l’auteur. »
« Si j’avais vraiment été fort moralement, j’aurais appelé la police le matin même où j’ai tué Stephen Holmes [sa première victime] […]. Je ne l’ai pas fait et beaucoup d’autres sont morts parce que je m’accrochais égoïstement à mon instinct de conservation et restais soumis au pouvoir égoïste du rituel […]. Un petit démon dans ma tête pourrait me dire : “Mais, Des, ce rituel était tout ce que tu avais comme faculté d’expression émotionnelle et tu ne pouvais simplement pas y renoncer.” Mais tout ce que mes victimes avaient, c’était leur vie et j’ai pris tout ce qu’elles avaient et auraient jamais […]. La bête veille sur sa proie avec ses motivations crûment égoïstes. »

 


 

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« Quand on est piégé par son “dialogue intérieur”, on ne peut que faire des conjectures sur les sentiments réels de ces “autres” qui sont en dehors de vous-même. Aussi projette-t-on ses propres sentiments sur eux pour remplir le vide. Nous avons créé une réponse émotionnelle à l’intérieur de nous et pour nous et ainsi la créons dans et “pour” les autres. »

 


 

« Paradoxe stupéfiant, je n’ai pu me libérer mentalement que quand mon corps, du fait de mon arrestation, a été physiquement emprisonné. Mon conflit intérieur apparaissant au grand jour, je me suis réconcilié avec ses composantes. Si c’est cela la réalisation de soi, alors qu’il en soit ainsi. »

 


 

« Je ne m’étais jamais fait moi-même. Je suis devenu ma propre dysfonction […] “devenu” le pathétique produit psychologique de mes conditions de vie, où des rituels fantasmagoriques étaient la base “affective” émotionnellement active de ma vie […] dans cet océan infini de solitude. »

 


 

« Quand l’empathie meurt, des gens meurent aussi. »

 


 

[À propos de son enfance : ] « À la racine du problème en évolution, une absence de volonté de satisfaire les besoins de l’enfant […]. Un processus ininterrompu de l’enfance et jusqu’à l’âge adulte […]. De ce fait ses relations affectives ont dû être conduites en interne et non avec les autres […]. Dans l’arène du mal potentiel, il est plus facile de rester à l’intérieur de soi plutôt que de risquer d’en sortir. On parle beaucoup du “solitaire”, beaucoup moins des conditions dans lesquelles le “solitaire” est advenu. »

 


 

« En m’imaginant manier leur forme passive [le cadavre] je m’imaginais moi-même comme mon grand-père me tenant en tant qu’enfant mâle passif, me donnant plaisir et douleur à la fois […] dans une série de chocs traumatiques, électriques, qui s’imprimaient en moi et que, dans la suite de ma vie, j’eus inconsciemment “besoin” de recréer. »

 


 

 

« Je n’ai jamais été le mouton noir de ma famille, j’en étais le mouton rose […]. Une espèce qui allait bien au-delà de leurs facultés de compréhension ou d’empathie […]. J’imagine ma mère disant : “Si seulement il était un meurtrier normal […] on l’accepterait. Mais un sodomite et un pervers sexuel […] impardonnable ; une personnalité avec laquelle il faut couper les ponts, pour ne plus en entendre jamais parler.” »

 


 

« Si je n’avais pas eu ma configuration génétique je n’aurais jamais pu dysfonctionner comme je l’ai fait […]. Cela ne veut pas dire qu’il y a un “gène du crime” ni un déterminisme crûment génétique […]. Des parties de notre cerveau sont sculptées par nos expériences […] depuis l’enfance. »

 


 

 

« Je conduis mes observations sur mon existence pour tenter de comprendre comment ma vie et ma personnalité se sont développées […]. Rien de plus […]. Sans du tout chercher des excuses pour mes aberrantes actions passées […]. Mes autobiographies ne doivent en aucun cas être considérées comme de la “science” mais comme un ensemble d’indices pouvant mener un jour […] à une conclusion scientifique dans l’étude d’un homme et, par extension, de l’humanité (1). […] Les actions de l’homme et ses contradictions […] vont continuer à échapper à la rigueur de la science exacte […]. Les comportements humains font l’objet d’études approfondies […] mais le lien avec le cerveau reste largement inconnu. À cet égard, les comment et les pourquoi restent un mystère presque complet […]. »

 


 

« Ceux qui prennent des risques extrêmes ont plus d’un germe suicidaire dans leur subconscient […] symptôme significatif de quelque trouble psychologique comprenant des sentiments de faible estime de soi […]. J’ai fini par suivre à cet égard trois règles de conduite. Ne jamais monter dans une voiture avec un conducteur ivre, lunatique ou serial killer. Si vous suivez ces règles, vous avez de bonnes chances de toucher votre retraite. »

 


 

« Peut-être que si j’avais été un fumeur de cannabis et pas un habitué des cuites, mon style de vie solitaire, de plus en plus corrosif, n’aurait pas tourné au désastre. Me saouler était une partie intégrante et dangereuse de mon “cycle addictif d’agression rituelle” […]. Cela accélérait la “dépression” et supprimait l’inhibition morale. »

 


 

« Il est stérile de chercher à évaluer sérieusement le problème en invoquant des explications faciles, sèches, du genre de celles chéries par les penseurs creux, qui règlent le sujet d’un revers de mot en parlant du “mal”. Au centre de l’apparente absence de cœur, il y a le dysfonctionnement humain. Parler de monstres mythiques crée un écran de fumée entre les individus et leurs motivations à commettre des actes criminels destructeurs. »

 


 

« Il était “facile” pour Ian Brady et Myra Hindley [un couple de tueurs en série qui a sévi dans les années 1960 près de Manchester] d’assassiner leurs jeunes victimes, parce qu’ils ne ressentaient pas d’empathie pour elles en tant que personnes. Ils étaient intellectuellement conscients de faire le mal mais n’avaient pas suffisamment de sentiments à l’égard de leurs victimes pour pleinement “connaître” la pleine nature et qualité de leurs actes, dans lesquels les pulsions de pouvoir brutes du rituel submergeaient le lien émotionnel avec les victimes. »

 


 

« Le département de psychologie de cette prison (sinon de toutes les prisons) n’est qu’un service de gestion dont la politique ne se soucie aucunement de la santé mentale des prisonniers en tant qu’individus, plongés dans un environnement psychologique déplorable avec des programmes de soins du type Orange Mécanique […]. Je connais ce territoire pour l’habiter depuis vingt ans. Je connais ce désert désolé par cœur […]. Je ne suis pas ici connu comme Dennis Nilsen l’homme mais comme Dennis Nilsen ensemble de crimes de grande gravité. »

 

Textes tirés de Prison Diaries. Letters from a Serial Killer, de Matthew Malekos (Lambert Academic Publishing, 2012).

 

Notes

1| Dennis Nilsen a écrit trois gros volumes d’autobiographie, « L’histoire d’un garçon qui se noie », que les autorités britanniques refusent de publier.

LE LIVRE
LE LIVRE

Prison Diaries. Letters from a Serial Killer de Mathew Malekos, Lambert Academic Publishing, 2012

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