Deux cerveaux amoureux

Peut-on concilier l’amour de la pensée pure et l’amour tout court ? Le plaisir de la joute intellectuelle et la vie conjugale ? Derek Parfit et Janet Radcliffe Richards ont apparemment résolu l’impossible équation. Ces deux figures de la philosophie anglo-saxonne forment depuis plus de trente ans un couple aussi paradoxal que touchant : elle, extravertie, dynamique et redoutable débatteuse ; lui, un brin autiste, obsédé par le travail et incapable de gérer l’intendance.


Dans les années 1980, un séminaire se tenait régulièrement au milieu des boiseries de l’ancienne bibliothèque de l’All Souls College d’Oxford. On l’avait officieusement baptisé « La Guerre des étoiles ». Menant le débat à tour de rôle, quatre géants de la philosophie morale et politique passaient près de deux heures à ferrailler à une extrémité de la salle. Le reste de l’assemblée était essentiellement composé d’étudiants de troisième cycle aussi passionnés qu’intimidés. J’étais de ceux-là et je suivis toutes les séances pendant un trimestre. Les quatre philosophes étaient Derek Parfit, Amartya Sen, Ronald Dworkin et Gerard Allan Cohen – Jerry, pour les intimes –, tous alors au début de leur carrière universitaire. (1) En 1982, Janet Radcliffe Richards, qui venait d’arriver à Oxford, décida d’aller voir par elle-même cet éblouissant feu d’artifice intellectuel dont tout le monde parlait comme du meilleur spectacle en ville. Proche de la quarantaine, enseignant la philosophie à l’Open University, elle venait de publier un livre intitulé « La féministe sceptique ».(2) Sen, qui connaissait déjà Radcliffe Richards, alla la saluer après le séminaire. « ...
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Ce qui importe de Deux cerveaux amoureux, Oxford University Press

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