Diderot, le plus incorrect des penseurs français

Diderot, le plus incorrect des penseurs français

On n’a pas fini de s’étonner de l’extraordinaire éventail des insolences intellectuelles de Diderot, le philosophe par excellence. Et de la pertinence de ses intuitions.

Publié dans le magazine Books, mai 2019.

© Musées de Mangres

Portrait de Denis Diderot, attribué à Louis-Michel Van Loo (vers 1770). Les vérités qu’il avait perçues n’ont été établies que deux siècles plus tard.

C'est de l’épicentre du politiquement correct – les États-Unis – qu’émane le dernier hommage au plus politiquement incorrect des écrivains français, Denis Diderot. Dans le cadre d’une biographie à la fois intellectuelle et physique, le professeur Andrew Curran prend plaisir à énumérer toutes les vaches sacrées qu’a sacrifiées sans pitié celui que ses contemporains appelaient « le » philosophe. À commencer par la plus sacrée, mais aussi la plus dangereuse à affronter : Dieu. Diderot avait pourtant entamé sa carrière comme séminariste et guettait la succession de son oncle au très lucratif poste de chanoine de la cathédrale de Langres. Le sort en décidant autrement, il s’était retrouvé à Paris où le spectacle des jésuites et des jansénistes s’étripant mutuellement avait introduit dans sa foi « une fissure » fatale. Tout en écrivant parfois des sermons alimentaires pour payer sa chambre, il avait entrepris de dénoncer une par une « toutes les incohérences du dogme chrétien – en tête desquelles l’éternelle question du mal », écrit Curran. Cela lui avait valu trois mois au donjon de Vincennes, lesquels ne l’avaient pas empêché de poursuivre implacablement, quoique plus prudemment, sa déconstruction de l’illusion religieuse et l’exposition des méfaits de la religion. Pour « le penseur le plus radical de son époque », écrit Lynn Hunt dans The New York Review of Books, autant les athées peuvent être bons parents, bons amis, bons citoyens, autant la religion peut engendrer de maux. Diderot s’en prend aussi à la monarchie, dont il ne perd pas une occasion de souligner qu’elle procède du peuple et non de Dieu, et que le peuple est toujours en droit de reprendre ce qu’il a donné. D’ailleurs, explique Curran, à ses yeux « les monarchies sont nécessairement inférieures aux autres formes, plus démocratiques, de gouvernement, car elles ne fonctionnent que grâce aux intérêts particuliers, à la corruption politique, aux privilèges, à la vénalité ». Dans le collimateur de Diderot Dans le collimateur de Diderot figureront bien d’autres cibles. Les inégalités de revenu. L’inégalité des sexes. L’inégalité des races et ses corollaires criminels, le colonialisme et, pire encore, l’esclavage. L’inégalité proclamée entre l’homme et le restant de la création, les animaux notamment. Bref, largement de quoi maintenir à son tour Diderot dans le…
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