Draconien le traité de Versailles ?
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Draconien le traité de Versailles ?

Écrit par La rédaction de Books publié le 10 novembre 2018

Publié dans le New York World 1921

Des 440 dispositions du traité de Versailles signé le 28 juin 1919 entre l’Allemagne et les Alliés, très peu ont marqué les esprits : la démilitarisation de la Rhénanie, la restitution à la France de l’Alsace et de la Lorraine, les réparations de guerre… Mais il est communément admis qu’elles étaient si draconiennes qu’elles ont conduit à la montée du nazisme et mené directement à la Seconde Guerre mondiale. « Nous autres historiens n’avons pas réussi à infléchir cette idée reçue, notamment parce que nous sommes face l’une des plus grandes polémiques du XXe siècle », écrit l’historienne Margaret MacMillan dans l’hebdomadaire britannique New Statesman.

Le traité était certes du pain béni pour la propagande hitlérienne, mais il n’a pas incité le IIIe Reich à déclencher une guerre mondiale. « Quand la guerre éclate en 1939, elle est le résultat de vingt années de décisions prises ou abandonnées, pas des dispositions prises en 1919 », assure MacMillan dans Les Artisans de la paix. Les termes du traité conclu avec l’Allemagne étaient bien moins durs que ceux signés avec d’autres pays vaincus.

On dit souvent que le traité a amputé le pays de 13 % de son territoire et de 10 % de sa population. Or une bonne partie des territoires perdus avaient en fait été pris à la France et à la Pologne à la fin du XVIIIe siècle, affirme l’historien allemand Jürgen Tampke dans A Perfidious Distortion of History. Quant au montant des réparations, il fut considérablement, mais discrètement, revu à la baisse deux ans après la signature du traité de Versailles.

L’économiste britannique John Maynard Keynes a lui-même œuvré pour alléger ces réparations en faisant des recommandations aux banques allemandes. Il était résolument hostile à l’idée d’infliger des sanctions financières à l’Allemagne. Position qu’il a soutenue lors des négociations en tant que conseiller du Trésor britannique et dans Les Conséquences économiques de la paix, son best-seller publié quelques mois après la signature du traité. Son plan était de remettre en marche l’économie du continent en préservant l’Allemagne, qui en était l’un des moteurs avant guerre, et en annulant les dettes de guerre contractées entre Alliés. Mais l’opinion publique était contre, l’Allemagne devait payer, et les négociateurs aussi.

À lire aussi dans Books : Le rêve de puissance de l’Allemagne, juin 2014.

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