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Jefferson et l’école du despotisme

02L’esclavage est une école de despotisme pour les blancs, dénonçait Thomas Jefferson dans ses Observations sur l’État de Virginie en 1785. Le troisième président des États-Unis (1801-1809) était convaincu que la traite négrière était la cause du retard intellectuel et social de son État, la Virginie. Les planteurs, qui formaient l’élite de cette région du Sud, ne semblaient cependant pas prêts à accepter ses idées. Jefferson s’en remit alors aux générations futures qu’il comptait éduquer dans cette optique. Il fonda en 1819 une université, devenue aujourd’hui l’Université de Virginie à Charlottesville. Son histoire, « l’histoire mélancolique des ambitions contrariées de Jefferson » souligne Timothy Breen dans la Literary Review, est racontée par l’historien Alan Taylor, deux fois lauréat du prix Pulitzer, dans Thomas Jefferson’s Education.

L’héritage de Jefferson

« Les nobles desseins de Jefferson pour l’université qu’il considérait comme son héritage le plus cher n’ont pu s’émanciper des inégalités et injustices de son époque », précise l’historien Drew Faust dans The Washington Post. Avant même son élection à la Maison Blanche, Jefferson avait tenté d’instituer en Virginie un système public d’éducation. Sans succès. « Les postulats hiérarchiques d’une société esclavagiste rendaient les écoles publiques inutiles », remarque Faust. Seuls les futurs dominants avaient besoin d’être éduqués. Mais après ses deux mandats présidentiels, Jefferson réussit cependant à mettre en chantier une université.

Des étudiants orgueilleux et despotiques

Une naissance qui « regorge d’ironies », note l’universitaire Glenn Altschuler dans le quotidien de Minneapolis Star Tribune. Le campus est bâti et entretenu par des esclaves. Les frais de scolarité sont si chers que seuls les fils de riches peuvent s’y inscrire. Quelques mois après son ouverture, Jefferson a les larmes aux yeux lorsqu’on lui raconte combien les étudiants peuvent être orgueilleux et despotiques. Ils se battent, se saoulent, agressent les esclaves et se moquent de leurs professeurs. L’introduction d’institutions religieuses sur le campus permettra un retour au calme. Mais l’évolution des mentalités sur la question de l’esclavage prendra bien plus de temps.

De l’histoire de l’Université de Virginie, Taylor tire une leçon pour le présent, note Faust. « Comme Jefferson, nous sommes trop enclins à confier à l’éducation la responsabilité de questions sociales complexes que nous ne voulons pas affronter».

À lire aussi dans Books : Les plaies de l’esclavage, mars-avril 2017.

LE LIVRE
LE LIVRE

Thomas Jefferson’s Education de Alan Taylor, W. W. Norton & Company, 2019

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